Avec son « Étude 2023 sur l’industrie horlogère suisse », Deloitte délivre pour la dixième année consécutive son analyse basée sur des entretiens réalisés avec des cadres et experts de la branche, en parallèle de son étude consommateurs menée sur les principaux marchés. Parmi les conclusions présentées par le cabinet conseil, on notera l’importance grandissante de l’expérience client en présentiel. Si, dans un premier temps, les consommateurs s’enquièrent en ligne de l’univers des marques, c’est surtout le rapport direct en boutique qui est privilégié en ces années post-Covid. Autre tendance de fond : l’adoption des principes de développement durable n’est plus une réponse forcée face aux pressions des consommateurs, mais intègre désormais les stratégies d’entreprise. Des stratégies qui doivent aujourd’hui absolument considérer les médias sociaux, non plus seulement comme un vecteur d’informations et de recommandations personnalisées, mais également comme un canal de ventes privilégié auprès des jeunes générations. Celles qui ont désormais fait du marché de seconde main une composante essentielle de l’industrie.
Le pays le plus peuplé au monde
Avec cette dernière étude, Deloitte met aussi l’accent sur le marché indien, une première en dix ans. Durant cette décennie, le sous-continent a déjà été maintes fois identifié comme le futur eldorado horloger par les maisons de la branche. Dans les faits toutefois, de telles perspectives peinent à se concrétiser pour un marché qui pointe aujourd’hui à la 22e place du classement des exportations horlogères suisses par pays avec CHF 154 millions réalisés entre janvier et septembre 2023. On est loin des CHF 2,1 milliards que représente la Chine sur la même période, un pays qui a perdu en avril dernier sa première place d’État le plus peuplé de la planète, précisément au profit de l’Inde et ses 1,43 milliards d’habitants, selon les chiffres de l’ONU. Et pourtant, comme le révèle l’enquête de Deloitte, les horlogers veulent y croire. Tout comme le cabinet conseil qui relève la croissance de 18 % des exportations horlogères vers cette destination sur les neuf premiers mois de l’année par rapport aux trois mêmes trimestres 2022 ou encore de 56 % comparativement à 2021.
Présence renforcée
Tous les obstacles ne sont certes pas levés, à commencer par l’obligation de travailler avec un partenaire indien pour l’implantation et le développement d’un réseau de distribution. Mais l’économie est en marche, selon Deloitte, et avec elle, les dépenses de consommation, notamment dans les produits de luxe, qui devraient atteindre USD 6,6 milliards cette année et 10,9 milliards d’ici la fin de la décennie. Même constat au niveau de la population de millionnaires, au nombre de 849’000 en 2022 selon UBS et probablement de 1,6 million dans trois ans, selon les projections de Credit Suisse. Dans ces circonstances, toutes les principales marques suisses sont déjà représentées dans le pays, essentiellement au travers de réseaux de revendeurs agréés ou de détaillants multimarques comme Art of Time, Ethos, Helios, Kapoor Watch ou Zimson. Or ces détaillants sont en phase d’expansion dans le pays, sans parler des investissements dans de nouveaux centres d’achats, comme le Jio World Plaza qui va ouvrir ses portes cette année encore à Mumbai avec la présence de Bulgari, Cartier, Gucci, IWC et Louis Vuitton. Croissance annuelle attendue pour ces temples de la consommation, destinations privilégiées des acheteurs indiens : 17 % en moyenne entre 2022 et 2028.
Des amateurs de montres
Pour Deloitte, l’émergence d’une classe moyenne, certes encore embryonnaire comparativement à certains pays asiatiques, n’en est pas moins un facteur positif, synonyme d’une hausse du pouvoir d’achat pour de nombreux consommateurs. Or les consommateurs indiens sont ceux qui affirment avec la plus grande conviction leur désir d’acquérir une montre, qu’elle soit traditionnelle (quartz et mécanique) ou « intelligente ». Ils devancent désormais les ressortissants des Émirats arabes unis en marquant leur attachement à la valeur symbolique des « bijoux » horlogers. Conclusion de Deloitte : « L’Inde devrait devenir la troisième économie mondiale d’ici 2027, explique le cabinet. Les consommateurs du pays sont ainsi dignes d’intérêt par leur nombre, certes, mais surtout en raison de leur désir de plus en plus marqué pour des produits de luxe susceptibles de refléter leur identité et leurs valeurs. Nous pensons que l’Inde sera dans le top 10 des pays d’exportation pour l’horlogerie suisse d’ici dix ans. »