C’est un temps qui semble être celui de la préhistoire. Nous sommes en 2015. Baselworld, salon mondial de l’horlogerie, surfe sur une croissance inattendue, bien heureux d’avoir survécu aux subprimes en 2008. Mais sans savoir qu’une crise couvait pour 2016, que le mandat Trump 1 se préparait, ni que le COVID incubait. Et qu’il allait fermer ses portes définitivement en 2019.
En 2015, donc, rien de tout cela dans le viseur, mais plutôt l’euphorie légère de faire de belles montres et de surprendre ses collectionneurs. Exercice auquel Patek Philippe goûte ponctuellement. Car cette année-là, la manufacture dévoile sa première montre de pilote aux canons des années 20-30.

Fille des airs
Comme toute surprise de la part de Patek Philippe, les critiques pleuvent (un air de Cubitus ?). Et, comme toujours, la pièce finit par s’imposer avec une évidence d’une force qui n’a d’égal que la mauvaise foi de ses détracteurs de la première heure...qui finissent par l’acheter. Pourquoi ?
Parce que cette Calatrava 5524 « Pilot Travel Time » est bien pensée. Il suffit d’appuyer sur l’un des deux poussoirs situés sur le flanc gauche du boîtier pour faire avancer (poussoir du bas) ou reculer (poussoir du haut) d’une heure l’aiguille de l’heure locale (aiguille pleine). Avec une astuce particulièrement bien conçue : chaque fuseau (domestique ou local) est doté de son propre indicateur jour/nuit. Mais ce n’est pas tout : son mécanisme Travel Time, conçu en 1959, bénéficie de deux optimisations. D’abord, le réglage des heures de voyage peut se faire dans les deux sens. Ensuite, il est déconnecté du mouvement lorsqu’il est manipulé, afin de ne pas en perturber la précision.
L’art d’ivoire clair
Aujourd’hui, Patek Philippe dévoile une variation esthétique de sa pièce - dans le jargon horloger, une « animation ». Il s’agit de faire sortir du catalogue la toute première version de 2015 en or gris / cadran bleu, et de la remplacer maintenant par le même boîtier, mais avec cadran ivoire.

D’emblée, la pièce s’oriente suivant deux axes nouveaux. Le premier, c’est le renforcement de son caractère vintage, soutenu par ce cadran crème, par les aiguilles cathédrales et par la typo années 20 des chiffres arabes. On pourrait objecter que celle des indications « Local » et « Home » eut pu suivre la une esthétique vintage similaire mais, à tout le moins, la graphie est en phase avec la mention « Patek Philippe Genève » sise à midi.
Le second axe est celui de la lisibilité, qui progresse de façon substantielle. La minuterie « sector dial », de même que celle de la date, à 6h, ressort particulièrement bien en noir sur fond ivoire. Les aiguilles cathédrales offrent de généreuses dimensions qui raviront les amateurs de St Exupéry pour un agréable « Vol de Nuit ».
Couronne et poussoirs sont d’un design contemporain. Une couronne de type « oignon » aurait pu soutenir l’orientation vintage de manière plus appuyée, mais le choix actuel évite aussi d’enfermer la Travel Time dans la case trop étroite du pur vintage. Il en va de même pour le diamètre de 42 mm, éminemment moderne, que certains collectionneurs auraient pu espérer en 39 mm ou 40 mm. À la place, Patek Philippe a préféré une approche plus « baroudeuse », renforcée par un bracelet kaki en matière composite. La Calatrava Pilot Travel Time adopte ainsi une présence marquée au poignet. Un parti pris plus qu’assumé : revendiqué.