Lors des enchères de printemps de Genève, il y a toujours des montées d’adrénaline provoquées par des pièces exceptionnelles, des records mondiaux ou des événements marquants. Les ventes de l’année se sont déroulées quasi au lendemain du bouillonnant salon Watches and Wonders mais, pourtant, il restait encore beaucoup de choses intéressantes à observer à Genève.
Plantons le décor : quatre acteurs – Phillips, Christie’s, Sotheby’s et Antiquorum – ont globalement vendu plus de 1’200 montres pour un total de plus de 100 millions de francs suisses – 116,25 millions de francs dont 28,3 millions pour Only Watch, pour être précis. Lors de cette édition, on a non seulement célébré le 50e anniversaire d’Antiquorum, mais aussi vu passer des lots issus de collections importantes – celles de Michael Schumacher, Ben Clymer et Guido Mondani, pour n’en citer que quelques-unes.

Si Watches and Wonders est une plate-forme de présentation de nouveautés pour les marques, les ventes aux enchères réunissent depuis toujours les marchands et les clients finaux autour des montres anciennes, ce qui fait du week-end des enchères un meilleur baromètre des tendances du marché.
L’ENGOUEMENT POUR LE NÉO-VINTAGE
Nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs participants et, pour résumer le week-end, nous avons retenu les propos de deux d’entre eux. Charlie Foxhall, Deputy Director Specialist chez Sotheby’s, a expliqué : « Il y a toujours beaucoup d’enthousiasme pour les montres rares et dignes d’intérêt, en particulier celles qui relèvent de la catégorie néo-vintage.» Et d’ajouter: «Les collectionneurs se concentrent sur les pièces en parfait état qui racontent les plus belles histoires et ils sont prêts à payer ce qu’il faut pour les obtenir. »
Alessio Zenga, marchand de montres vintage haut de gamme, le rejoint sur ce point : « Actuellement, la qualité est un argument de vente plus pertinent que la rareté, souligne-t-il. Patek Philippe est très performante, non seulement en matière de complications, mais aussi avec des pièces de très haute qualité en parfait état. Dans le milieu de gamme, le marché n’est pas aussi dynamique. »

LES INDÉPENDANTS ET LES CLASSIQUES FONT UN TABAC
Alors, que peut-on retenir de ces enchères? Dans les tendances figure la montée en puissance du design: les montres de forme et de petite taille suscitent généralement beaucoup d’intérêt. En témoigne une heure sautante en or blanc rectangulaire de Cartier, d’une largeur de 22 mm, vendue CHF 406’400.– par Phillips.
Les indépendants ont à nouveau brillé, notamment à travers le Chronomètre Contemporain de Rexhep Rexhepi, qui a atteint plus d’un million de CHF, même si, pour une fois, la performance de F.P.Journe n’a pas dépassé les attentes. Comme l’a noté Charlie Foxhall lors de ces enchères, le goût pour le néo-vintage a été assouvi par des montres signées Breguet, Franck Muller, Vacheron Constantin et Ulysse Nardin.

Phillips a démontré qu’elle pouvait braver les tendances en vendant une Patek Philippe 5711 à cadran vert pour environ CHF 300’000.– et des modèles Rolex en production courante pour le double de leur prix au détail, voire plus. Les classiques de Patek Philippe, Vacheron Constantin et Rolex ont obtenu d’excellents résultats car les gens reconnaissent de plus en plus leur juste valeur – c’est notamment le cas pour des Patek Philippe Ellipse vendues par Antiquorum.
Cela dit, le design et les complications devraient constituer les leitmotivs des cinq prochaines années. C’est pourquoi ma pièce favorite des enchères de printemps à Genève est le lot 169 de Phillips, une montre bracelet Patek Philippe en or jaune parée de diamants, de lapis lazuli et de turquoise – à mes yeux la pièce la plus exceptionnelle et la plus avant-gardiste de tous les catalogues.

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