Marqueterie de silicium par Ulysse Nardin : l’oser, et le faire

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Blast Free Wheel © Ulysse Nardin
Ulysse Nardin dévoile une Blast Free Wheel dont le cadran est en marqueterie de silicium. Une parure d’exception pour un mouvement qui reste l’un des plus créatifs de la manufacture

C’était il y a six ans. Peut-être sept. La date n’est pas bien précise. Le lieu l’est davantage : la manufacture Ulysse Nardin, lors d’une visite consacrée à sa longue histoire chronométrique. C’est là, au détour d’un établi, que l’on aperçoit un drôle d’objet. Un mouvement nu, sans boîte. Le visiteur étonné s’arrête, pose une question ou deux sur cet étrange calibre doté d’un cadran, mais que les principaux organes semblent traverser de part en part, émergeant comme des îlots, presque déconnectés de ses rouages moteurs. Une construction originale qui s’est heurtée à un embargo catégorique de la manufacture. Motif : projet en cours, nouveauté majeure, aucune communication. Ce projet allait devenir, quelques mois plus tard, la Free Wheel.

Assemblage de la Blast Free Wheel Marquetry © Ulysse Nardin
Assemblage de la Blast Free Wheel Marquetry © Ulysse Nardin

Pour collectionneur averti

De quoi s’agit-il ? D’un pur objet Ulysse Nardin : très créatif, jamais vu, à forte dimension technique. Une pièce qui dresse un point entre les visions contemporaines de la maison, comme le deviendront les premières Blast et, à sur l’autre rive, les inclassables Freak. Mais que l’on ne s’y trompe pas : la Free Wheel est déjà une pièce pour collectionneur averti, de ceux qui aiment sortir des sentiers battus pour explorer, aujourd’hui, ce que pourra être l’esthétique horlogère de demain.

Dans l’esprit Free Wheel, on retrouve quelque chose de Louis Moinet. L’atelier de Saint-Blaise, en 2016, avait dévoilé une superbe Memoris dont la particularité était de basculer, côté cadran, l’intégralité de la complication chronographe. Le reste du mouvement demeurait abrité sous la platine, comme le veut l’usage.

La Free Wheel s’approprie ce concept et le pousse beaucoup plus loin : à la surface du cadran émergent non plus une complication spécifique, mais la totalité des organes de son mouvement, avec quelques rouages en prime. Une pièce hybride, saisissante, où une partie du calibre semble flotter au-dessus du cadran, comme déconnectée de sa mécanique intime. Déroutant, singulier, particulièrement osé et techniquement très abouti.

Habit de lumière

Autour ce jeu de cache-cache, Ulysse Nardin dévoile aujourd’hui une nouvelle interprétation de sa Free Wheel (depuis intégrée à la collection Blast). Elle fait la part belle au matériau de prédilection de la manufacture, le silicium, qu’elle recompose ici en marqueterie.

Blast Free Wheel Marquetry © Ulysse Nardin
Blast Free Wheel Marquetry © Ulysse Nardin

L’idée n’est pas inédite. Ulysse Nardin avait déjà exploré cette voie en 2019, puis une nouvelle fois en 2021, avec une Freak X (à relire ici). C’est donc la troisième itération d’une pièce avec cadran en marqueterie de silicium, un exercice toujours très compliqué à mettre en œuvre en raison du caractère extrêmement friable du matériau.

Des trois pièces, la Blast Free Wheel est peut-être la plus démonstrative, grâce à un boîtier de 45 mm qui permet à cet art singulier de s’exprimer pleinement. Pour lui, Ulysse Nardin a développé un verre glass box qui en magnifie la présence. Il couvre un caisson lui aussi en saphir, ouvrant ainsi une vue latérale sur le mouvement, comme l’on en trouve dans les boîtes saphir Hublot ou, de manière plus classique, à travers les fenêtres latérales de boîtes signées Ferdinand Berthoud. Et comme les bonnes idées sont le plus souvent partagées, ce n’est autre que Louis Moinet qui vient également de dévoiler une pièce unique pour Only Watch, dont le cadran est constitué d’un wafer de silicium !

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