Dix ans, ça se fête ! Et la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH) n’a pas manqué l’occasion de les célébrer ces 26 et 27 avril. Lors de la première étape de son « Roadshow » au « we are_club » dans le VIIIe arrondissement de Paris, la FHH a présenté ses activités autour de la connaissance et l’éducation horlogère ainsi que sa certification. Parmi celles-ci, une expérience de réalité augmentée « Watch Icons » - développée en collaboration avec les marques partenaires de la FHH - avec douze œuvres digitales, une exposition de douze garde-temps de marques d’origine française, un atelier de montage et de démontage de mouvements de montre avec des horlogers professionnels, une performance live de l’artiste gouacheuse Estelle Lagarde, des tables thématiques, des conférences, des panels de discussion sur des sujets actuels, et bien sûr, la fameuse soirée quiz, avec des questions extraites de leur formation.

Et pas des moindres, la FHH Academy a dévoilé sa nouvelle formation - le cours Watch Essentials décliné en format vidéo. Adressés à tout public, ces cours didactiques et ludiques et s’apparentent à une formation Masterclass, découpée en épisodes successifs. Les élèves trouveront sur la plateforme des contenus variés tels que des podcasts et des quiz, accessibles à tout moment afin de faciliter l’apprentissage. En vente sur le site de la FHH, la formation sera d’abord disponible uniquement en France, puis en Suisse.
Nous nous sommes entretenus avec Aurélie Streit, vice-présidente de la FHH et fondatrice de la FHH Academy, à propos de la mission de la FHH Academy, de la nouvelle formation en ligne et de son moment le plus gratifiant au sein de la fondation.
Ne manquez pas notre interview de Pascal Ravessoud, vice-président de la Fondation de la Haute Horlogerie, à paraître la semaine prochaine.
En quelques mots, qu'est-ce que la FHH Academy ?
La FHH Academy, c'est l’un des piliers de la Fondation de la Haute Horlogerie - aujourd'hui le plus important. Elle a été fondée en 2014 dans l’objectif de transmettre la culture générale horlogère, principalement aux vendeurs en horlogerie. Il y a dix ans, les marques se « retail »-isaient, c'est-à-dire avaient leurs propres boutiques (pour certaines), ou sortaient totalement des détaillants multimarques (pour d’autres). Il était donc important d'accompagner la formation de ces vendeurs qui n'étaient plus dans un univers multimarque, qui avaient besoin d'acquérir de la connaissance de manière transversale. En effet, les détaillants multimarques formaient assez bien leurs vendeurs, naturellement, par le passé. Mais quand on est passé aux monomarques, ça a été assez flagrant qu'il fallait absolument nourrir ces vendeurs d'autres choses que ce qu'ils ont dans leurs propres boutiques, notamment car les clients devenaient de plus en plus éduqués et que les vendeurs ne faisaient pas forcément face.
L’autre besoin, c'était de se dire que l'horlogerie, c'est une culture à part entière qui possède son propre vocabulaire qui est quand même assez compliqué. Qu’est-ce qui fait la valeur d’une montre, qu’elle vaille 100.-, 1’000.- ou 100’000.- francs ? C'est son histoire, ses finitions, sa technique, son ADN - tous ces attributs qu'il faut expliquer et sur lesquels il faut éduquer.
Il y a tant à apprendre sur l'horlogerie et l'industrie horlogère en général. Comment déterminez-vous les domaines sur lesquels se concentrer ?
Ce n'est pas exactement moi qui les choisi, on est toute une équipe. La FHH bénéficie d'un réseau d'experts assez fantastiques. Je dis régulièrement qu'on dispose d'un réel patrimoine à ce niveau-là. C’était dans nos compétences de trouver des personnes qui étaient capables de vulgariser cette connaissance, de sélectionner les bonnes informations, compréhensibles, et à quel niveau de compréhension. Et elles ont été très bonnes dans cet exercice. C’est comme ça qu'on a construit tous nos programmes de cours avec les informations essentielles, les informations un peu plus spécialistes, ainsi que les informations dites « d’expert ».
Quand on a construit l'Academy il y a dix ans, on s'est vraiment dit qu'on avait envie d'être ludique. À la base, c'est parce qu'on s'adressait à des vendeurs, qui ne sont pas nécessairement des personnes qui pourraient naturellement passer huit heures derrière un établi comme un horloger. On a donc vraiment adapté nos formations à la cible à laquelle on s'adressait, en les rendant ludiques, facilement compréhensibles et en segments.
On a construit des programmes aussi bien présentiels que digitaux, qui sont courts et progressifs.

La FHH Academy est conçue pour être accessible à tous. Avez-vous des chiffres de rêve en termes de démographie afin de développer l'appréciation de la culture horlogère ? Avez-vous des stratégies pour atteindre ces objectifs ?
C'est une bonne question. Pour être tout à fait honnête, il y a dix ans, quand on avait débuté l'Academy, on s'était dit que ce serait fantastique si on arrivait à former 30’000 personnes. En fait, à ce moment-là, on avait mené une petite étude et on avait imaginé qu'il y avait près de 30’000 vendeurs dans le monde.Je pense qu'on s'est bien trompé quand même. Et aujourd'hui, on est à 35’000 personnes formées. Donc on a atteint notre objectif pour l'Academy.
Ce qu’on essaie surtout, c’est de toucher les nouvelles générations. Les collectionneurs ne sont pas exactement notre cible. Notre cible, c'est plutôt des gens qui ont de l'intérêt sans forcément connaître l'horlogerie, ou qui ne connaissent même pas du tout l'horlogerie. Parce que notre objectif, en tant que fondation, c'est de parler de la montre comme d’un objet d'art et de culture et de pouvoir toucher une audience la plus jeune et la plus large possible. Ces nouvelles générations ne sont pas nées avec une montre au poignet. Ces personnes vont regarder l'heure partout avant de regarder leur poignet. C'est donc à nous de leur partager notre goût pour cette culture horlogère.
Qu’en est-il des femmes ? Participent-elles à ces événements ?
Absolument. L'année dernière, nous avons présenté une exposition qui s'appelait « What Time Is It ? » et l'année d'avant, nous avons organisé une autre exposition qui s'appelait « Time Design » et nous avons réalisé qu'il y avait autant de femmes que d'hommes qui venaient les visiter. « Time Design » était une exposition avec beaucoup de produits, et il y avait énormément d'intérêt de la part des femmes, y compris pour les produits techniques. On avait prêté attention à ce sujet-là et on n'a pas été déçu. Donc oui, on pense qu'il y a énormément d'intérêt de la part des femmes pour l’horlogerie. Il faut juste adapter le discours, savoir peut-être parler différemment, simplement aussi les considérer.
Le monde de l’horlogerie évolue en permanence. Comment la FHH Academy soutient-elle la formation continue et le développement des compétences des détenteurs de certifications au-delà de la formation initiale, en particulier à la lumière des nouvelles technologies et tendances ?
Nous avons mis notre contenu en trois niveaux. Justement, il y a eu tout ce travail que je vous expliquais tout à l'heure de savoir par quoi on commence, par quoi on finit, c'est-à-dire la hiérarchisation des informations. On va travailler cette matière brute de manière très différente, car nous avons pris en considération les approches culturelles de la formation dès le départ. C'est là qu'on va s'adapter aux habitudes de consommation de la formation, à la culture locale. La formation est construite chez nous à Genève, mais elle est avant tout donnée sur les marchés par des formateurs locaux, qui parlent la langue locale et qui vont transmettre de la bonne manière en inspirant les personnes qui apprennent. Évidemment, le contenu est le même, mais la manière de former est totalement différente. Par exemple, un formateur aux Etats-Unis dispensera le cours différemment qu’au Japon.
Ensuite, on a construit tout un tas d'autres outils, avec des formations en distanciel, avec des « self-learning » à travers des applications. Aujourd'hui, nous lançons en France un « self-learning » sur des vidéos éducatives, telle une petite série Netflix. On s'adapte sans arrêt au format et à l'évolution du monde. Tous ces outils continuent à cohabiter d’ailleurs, il n'y en a pas un qui remplace l'autre. C'est ce qu'on appelle du « blended learning ». Ils se complètent pour que chacun y trouve son compte. Évidemment, nous remettons à jour en permanence ces outils avec les informations qui ne nous semblent plus pertinentes à un moment donné, avec des nouveautés, avec des tendances et des nouveaux chiffres. Et c'est notre façon de nous adapter au monde d'aujourd'hui, chaque jour.
Pourriez-vous nous parler du moment le plus gratifiant que vous ayez vécu à la FHH ? Un moment qui, selon vous, a vraiment validé votre mission et votre travail ?
J'en ai un qui me vient tout de suite, mais c’est il y a longtemps déjà. Quand nous avons commencé, la FHH avait un joli réseau, plein de contenus, elle avait déjà fait des expositions, mais n'avait jamais réellement fait de formation. Donc, quand nous avons lancé la formation il y a dix ans, il fallait vraiment qu'on soit crédible, qu'on gagne en légitimité. Et ça n'a pas été très facile, parce que quand on commençait à s'adresser aux marques et qu'on leur disait qu'on ouvrait un département de formation, même si on avait déjà du contenu, les marques - en tout cas au niveau de leurs sièges respectifs - ne s'intéressaient pas vraiment à ce qu'on faisait.
Et pourtant, nous avions senti que sur les marchés, il y avait un vrai besoin. On a donc décidé de fonctionner avec des formateurs locaux, qu’on a formés et accompagnés pendant 6 à 9 mois. On a commencé le projet en 2013 et notre première formation s'est faite durant l’été 2014. La majorité comprenait de très bons connaisseurs en horlogerie, mais pas forcément des formateurs. Une fois formés, ils sont allés directement trouver des boutiques, des filiales de différentes marques horlogères, des points multimarques. Puis, ça a très vite fonctionné, il y a eu un appétit sur les marchés pour les formations FHH.
Mais en Suisse, il y avait toujours peu de répondant. Cela a duré un ou deux ans, où on formait énormément sur les marchés, mais très peu en Suisse. Et puis un jour, une des grandes marques avec laquelle je souhaitais travailler depuis longtemps - à qui j'avais présenté nos programmes et qui m'avait dit qu'elle n'en avait pas besoin - m'a appelée et m'a dit « j'entends parler de la qualité de vos formations par toutes mes filiales. Est-ce qu'on peut s'asseoir et regarder ce qu'on peut faire ensemble de manière organisée ? »
C'était un vrai moment de satisfaction. On y était arrivé ; il y avait une vraie reconnaissance de notre savoir-faire à l'extérieur de la Suisse. Et là, c’était revenu chez nous. À partir de là, tout a été plus facile.