Le poids de la chronométrie

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FB-3SPC.1.1 © Ferdinand Berthoud
WorldTempus s’entretient avec Chronométrie Ferdinand Berthoud pendant la Dubai Watch Week

Tout juste auréolée d’une revigorante victoire lors de l’édition 2023 du Grand Prix d’Horlogerie de Genève, Chronométrie Ferdinand Berthoud a sorti un nouveau modèle de la FB 3SPC à Dubai. Nous avons retrouvé Vincent Lapaire, directeur général de Chronométrie Ferdinand Berthoud, pour discuter de la communauté de collectionneurs de Dubai, des défis que suppose la réalisation de montres remportant des prix, et de quelle est exactement une durée trop longue lorsqu’il s’agit d’attendre la livraison d’une montre.

Suzanne Wong

Je voulais juste commencer par dire à quel point c’est agréable d’être à Dubai avec ces montres extraordinaires. Évidemment ce serait agréable aussi de les voir à Genève, mais alors la météo ne serait pas optimale. Et il faut aussi souligner le fait que la communauté horlogère à Dubai est exceptionnelle. Les collectionneurs ici sont vraiment des connaisseurs et c’est fantastique de se trouver au milieu de gens qui comprennent notre travail. 

Vincent Lapaire 

Ici la communauté est incroyable, les gens étudient carrément les montres avant de venir vous rencontrer. Et, en fait, ils viennent juste pour avoir la montre entre leurs mains, pour en faire l’expérience personnellement. Ils n’ont pas besoin que vous leur en parliez, parce qu’ils savent déjà tout d’elle.

Suzanne Wong

Je vois cela comme une preuve de respect, le fait qu’ils se soient informés au préalable.

Vincent Lapaire

Les véritables collectionneurs font cela. Ils prennent leur temps, ils lisent des articles sur la montre, ils y réfléchissent, ils fournissent un effort pour comprendre la montre et cela les aide à décider s’ils veulent ou non l’acheter… C’est une façon très authentique d’approcher l’horlogerie en tant que consommateur.

Suzanne Wong

Les montres Ferdinand Berthoud sont très riches en détails et en contexte, j’imagine que vous consacrez beaucoup de temps à les expliquer aux gens, cela doit donc être un sacré changement de venir ici et de trouver un public aussi averti. Même si Dubai est très différent de la Suisse à de nombreux égards, vous savez qu’une fois ici vous vous sentez à la maison, parce que vous parlez le même langage horloger.

Vincent Lapaire

C’est la raison pour laquelle la Dubai Watch Week attire des visiteurs du monde entier. Cette semaine, j’ai rencontré des groupes de collectionneurs de Suisse, d’Allemagne, d’Italie, des États-Unis, et bien sûr d’Asie, qui est très bien représentée ici. C’est vraiment un événement international.

FB-3SPC.1.1 © Ferdinand Berthoud
Chronomètre FB 3SPC.1-1 © Ferdinand Berthoud

Suzanne Wong

Vous venez de lancer un nouveau modèle de la FB 3SPC ici à Dubai, une version en or blanc avec un mouvement anthracite. C’est un merveilleux moment pour découvrir une nouvelle variante esthétique de cette montre, juste après qu’elle a remporté le prix Chronométrie au récent Grand Prix d’Horlogerie de Genève. Combien d’exemplaires de celle-ci seront fabriqués ?

Vincent Lapaire

Actuellement, pour la FB 3SPC, nous sommes capables de produire et de livrer 30 montres par an. Et ce pour tous les modèles FB 3SPC. Celui-ci en particulier, en or blanc avec mouvement anthracite, nous ne pourrons commencer à le livrer que l’an prochain. Nous avons estimé que nous serons en mesure de livrer huit pièces de ce modèle en particulier en 2024, pour autant que tout se passe bien pour notre équipe de production. La qualité et la performance des montres doivent être prioritaires, donc nous ne pouvons tout simplement pas mettre la pression sur l’équipe pour qu’elle produise plus de montres rapidement.

Suzanne Wong

Surtout maintenant que tout le monde sait que cette montre a gagné un prix de chronométrie !

Vincent Lapaire

Exactement, ils doivent garantir la précision de ces montres ! Nous leur demandons toujours s’il est possible, s’ils pourraient…mais ils font déjà de leur mieux et nous ne pouvons pas en demander davantage. Cela ne fait qu’une année que nous avons ce mouvement chez Ferdinand Berthoud. Cela prend du temps de trouver des solutions pour un processus plus efficace ou pour optimiser toutes les étapes de la production et de l’assemblage. Un horloger a besoin d’une semaine et demie pour travailler sur un seul spiral cylindrique et faire en sorte que la géométrie des courbes terminales soient parfaites pour obtenir la certification COSC. Chaque fois que la courbe terminale du spiral est ajustée ou remodelée, il ne faut plus y toucher pendant une semaine afin de ne pas sursolliciter le matériau délicat du spiral et pour s’assurer que ce dernier a conservé sa nouvelle forme. C’est très difficile et nous n’avons pas encore de solution pour le faire plus rapidement.

Suzanne Wong

Cela dit, j’ai le sentiment que le public de Ferdinand Berthoud, corrigez-moi si je me trompe, comprend cela. Je crois en fait que c’est quelque chose qu’ils aiment dans cette marque, le fait que vous preniez autant de soin à parvenir à ce niveau de qualité. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont heureux d’attendre, personne ne l’est, mais ils comprennent que le processus long et complexe est indispensable à la création de ces montres. Ils savent qu’il ne s’agit pas seulement d’engager davantage d’horlogers ou d’acheter davantage de machines.

Vincent Lapaire

En fait deux horlogers supplémentaires vont rejoindre notre équipe l’an prochain. Mais n’oubliez pas que cela prend beaucoup de temps d’entraîner un horloger à assembler ce mouvement, entre six et huit mois. Et nous ne parlons pas d’horlogers juniors, ces gars-là ont 30 ans d’expérience en horlogerie, en grandes complications. Ceux qui ont commencé avec nous l’an dernier nous ont dit : « J’ai l’impression d’être de retour à l’école d’horlogerie. » Cela explique bien à quel point ce mouvement met à l’épreuve leurs connaissances et leurs compétences. Certains horlogers apprécient cela. D’autres ne le supportent pas et partent, parce que c’est trop difficile.

FB-3SPC.1.1 © Ferdinand Berthoud
Chronomètre FB 3SPC.1-1 © Ferdinand Berthoud

Suzanne Wong

Étant donné les contraintes de temps et de personnel que suppose la création des montres Ferdinand Berthoud, comment voyez-vous le développement de la marque dans les années à venir ?

Vincent Lapaire

En ce moment, nous réalisons un total de 50 montres par année, ce qui est assez peu. Si on regarde le niveau de demande, nous devrions probablement être plus proches des 80 par année. Mais augmenter le volume de production à ce niveau nous prendra environ cinq ans. Et cela signifie que chaque année nous devrions essayer de produire environ 10 montres de plus que l’année précédente. Je me préoccupe également des clients. Je ne veux pas qu’ils attendent plus de deux ans pour avoir leur montre. Un délai de plus de deux ans est trop long selon moi. C’est facile de dire oui à de plus en plus de partenaires distributeurs, de prétendre que nous pouvons produire et livrer toutes ces montres, mais à la fin le client doit attendre sept ans pour recevoir une montre. C’est très dangereux. Qui sait ce qui peut se passer en sept ans ?

Suzanne Wong

J’aime beaucoup cette politique. Ce serait génial si davantage de marques pouvaient adopter ce genre de réflexion.

Vincent Lapaire

Nous sommes très, très liés à nos clients. Nous prenons soin d’eux. Nous sommes attentifs à leurs demandes et à leurs attentes. Je devrais aussi ajouter que nous avons vraiment de la chance de bénéficier du soutien et de l’infrastructure d’une entreprise comme Chopard, qui nous aide tellement en matière de capacités de production et d’opérations. Si nous n’avions pas Chopard derrière nous, le prix de nos montres serait probablement au moins trois fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui.

Suzanne Wong

C’est tellement vrai. Merci pour toutes ces informations ! 
 

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