Le problème avec la couleur, en horlogerie, c’est qu’il y a un cap à passer. Lorsque l’on commence une collection de montres, les cadrans noirs, blancs, ou gris sont les premiers vers lesquels on s’oriente. Parce qu’ils sont les plus présents sur le marché. Parce qu’ils sont faciles à revendre. Parce qu’ils peuvent se porter avec tout. Mais cette propension naturelle n’est pas une fatalité. Juste une habitude...parfois tenace. Voire très tenace : combien d’années, voire de décennies, s’écoulent avant que l’on ose franchir le cap d’un cadran vert, bleu, ou orange ?

Pourtant, l’offre est là. Certaines marques ne manquent pas d’audace. Et TAG Heuer en fait partie : l’indéfectible Monaco, avec boîte carrée et cadran bleu racing, a fait sa première apparition au catalogue maison en 1969 !
C’est donc à l’aune de cette longue histoire qu’il faut lire l’arrivée du nouveau combo des TAG Heuer Carrera – deux pièces dévoilées durant la LVMH Watch Week. Ce ne sont pas des créations : la manufacture de La Chaux-de-Fonds continue de surfer sur l’immense succès de ces deux références sorties il y a deux ans avec leur diamètre réduit à 39 mm (chrono bicompax et date) et 42 mm (chrono bicompax et tourbillon). Le modèle existe principalement sur cadran bleu et noir, avec des variations plus rares en vert ainsi qu’en or.

Du bleu au violet
C’est aujourd’hui le modèle bleu, donc bicompax avec date à 6h, qui est d’abord décliné en violet, couleur que l’on trouve au centre du cadran. C’est une animation purement esthétique : calibre, design, spécificités techniques sont les mêmes. Seul le violet brossé soleillé fumé s’impose sur ces nouvelles Carrera, comme il l’avait d’ailleurs fait par le passé sur la Monaco (modèle 2022).
La teinte est audacieuse. Le verre Glassbox en renforce la présence par un effet loupe qui, toutefois, ne déforme pas les index. Le violet n’y est pas uniforme : il s’assombrit à mesure que l’on se rapproche du bord, jusqu’à se confondre avec le ton exact du bracelet noir et perforé. On apprécie ce jeu de nuances qui permettra à la pièce de se marier avec un costume sombre. Mais on aime aussi l’irrévérence du violet, avec lequel on pourra accorder de subtils détails de sa tenue : lacets, boutons de manchette, boucle de ceinture, sneakers, pochette de veste, bracelet, etc.

Quelle que soit l’option retenue, cette nouvelle livrée violette n’exigera qu’une seule chose : d’être essayée. Car en matière de cadran et bracelet, on peut juger le gris, le noir et le blanc sur photos, l’expérience aidant. Mais pas le violet, dont (presque) personne n’a éprouvé le rendu réel.
Tourbillon statutaire
Le modèle à tourbillon accentuera la présence du violet, et pour cause : il passe de 39 mm à 42 mm. La pièce est donc plus large, plus expressive. L’ample ouverture pratiquée à 6h pour le tourbillon offre une certaine noblesse au garde-temps. Cette itération ne comporte pas de date pour une raison simple : le disque périphérique de date serait nécessairement entré en conflit avec le tourbillon (sauf à le faire passer au-dessus ou en dessous du tourbillon, ce qui n’aurait aucun sens technique ni esthétique puisque cela serait revenu à l’occulter en très grande partie).

Dotée de ses 42 mm et de son tourbillon, cette variation de Carrera en impose, avec une dimension statutaire plus assumée, tout en gardant une singularité revendiquée – car il n’existe que très peu de tourbillons à cadran violet sauf, à ce jour, principalement chez Speake-Marin ou Audemars Piguet. Deux marques d’un positionnement produit et tarifaire fort différents, puisque la TAG Heuer Carrera Glassbox Chrono est proposée à seulement 6'500 EUR, et son homologie à tourbillon à 34'400 EUR.
