150 ans d’Audemars Piguet : 6 anecdotes sur son premier siècle

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Vers 1906. Vue du Brassus en hiver © Audemars Piguet
En 2025, la Manufacture du Brassus fête ses 150 ans. Nombreux sont ceux qui sont convaincus d’en savoir (presque) tout. Mais certaines anecdotes sont pourtant bien restées sous les radars, surtout entre 1875 et 1975.

1. Un mouvement à contresens

Qui sait que la manufacture Audemars Piguet aurait pu ne jamais voir le jour ? À ses premières heures, bien des horlogers de la vallée de Joux quittent la région en raison d’une crise économique majeure. Elle est notamment due à l’industrialisation de l’horlogerie telle que constatée à l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876. Les petits horlogers locaux n’ont plus, en Suisse, suffisamment de travail pour gagner leur pain durant l’hiver. C’est pourtant lors de cet exode qu’à l’automne 1875, à 24 ans, Jules Louis Audemars, son épouse Sidonie et leur bébé reviennent à la vallée de Joux, après avoir passé un peu plus d'un an dans le village de Gimel, au pied du Jura. Un choix peu commun. Les débuts de son activité restent d’ailleurs mystérieux, car aucune archive n’est connue avant 1881...

Jules Louis Audemars et Edward Auguste Piguet © Audemars Piguet
Jules Louis Audemars et Edward Auguste Piguet © Audemars Piguet

2. Un véritable choix de production

Alors que la plupart des maisons horlogères tentent le pari de l’industrialisation, au minimum de l’établissage, les cofondateurs d’Audemars Piguet ont, à leurs débuts, fait le choix opposé : fabriquer en interne les boîtes, les mouvements, en pièces uniques ou en séries très limitées. Ils font ponctuellement appel à de très petites unités spécialisées, souvent à domicile. Un parti pris qui marquera toute l’histoire de la maison, puisque les pièces uniques ou les séries très courtes seront le modèle dominant jusqu’en 1951 !

1890. Montre de poche à double complication. Chronographe rattrapante, répétition minutes © Audemars Piguet
1890. Montre de poche à double complication. Chronographe rattrapante, répétition minutes © Audemars Piguet

3. Une prédisposition pour les complications

Autre choix structurant : celui des complications. Son principe est fortement associé à la vallée de Joux, mais il est presque devenu un modèle exclusif pour les créations Audemars Piguet. Sur les 13 premières montres dont on possède la description, on compte neuf répétitions, sept chronographes et trois calendriers ! Historiquement, jusqu’au premier tiers du 20e siècle, les plus prestigieux mouvements à complications viendront d’ailleurs pour la plupart de la vallée de Joux.

4. Une famille nombreuse

Une marque est une chose, un nom en est une autre. Celle que l’on appelle alors « Audemars, Piguet & Co » rencontre donc parfois une rivalité inattendue. C’est le cas de celle incarnée par Louis Audemars, implanté au Brassus depuis 1811, à la fois concurrent, client...et cousin.

Signé en décembre 1881, effectif dès le 1er janvier 1882, le contrat entre Jules Louis Audemars et Edward Auguste Piguet officialise la naissance de la marque Audemars Piguet © Audemars Piguet
Signé en décembre 1881, effectif dès le 1er janvier 1882, le contrat entre Jules Louis Audemars et Edward Auguste Piguet officialise la naissance de la marque Audemars Piguet © Audemars Piguet

5. Une adresse qui n’a jamais changé

La croissance d’Audemars Piguet est pour le moins progressive, puisqu’elle ne réalise que 500 pièces par an au début du 20e siècle. Mais cela reste un volume conséquent à une époque où, ne l’oublions pas, la montre-bracelet n’existe pas. La jeune société familiale a donc confiance en son destin et décide de se doter d’un nouveau bâtiment. Nous sommes en 1907, et l’adresse choisie est Route de France 16. C’est toujours le siège de la manufacture !

6. Circonstances très défavorables

Industrialisation américaine, Première Guerre mondiale, crash de 1929 : les premières décennies d’Audemars Piguet n’ont pas été de tout repos. La chute du principal client américain de la manufacture a failli signer son arrêt de mort, laissant des impayés représentant la totalité du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise. Pour faire face, des licenciements sont opérés, les familles fondatrices sollicitent des exonérations d’impôts, des prêts, et lancent des sous-marques, baptisées notamment Audiguet et APCO. Tout juste de quoi tenir quelques années…avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale. Audemars Piguet ne sortira la tête de l’eau qu’à l’avènement des Trentes Glorieuses - comme, du reste, tout le tissu horloger suisse de 1945 à 1975. 

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