La forme découle de la fonction » : le principe édicté par l’architecte Louis Sullivan, considéré comme le fondateur du fonctionnalisme, pourrait suffire à décrire la voie empruntée par Patek Philippe pour définir le territoire d’expression de la Calatrava. Mais on pourrait tout autant ajouter la formule « Less is more » que l’on attribue à Ludwig Mies van der Rohe, à l’origine du design minimaliste. Des mots qui résonnent avec force à travers ce modèle intemporel, lancé à une époque où la montre ronde faisait figure d’exception.

En rupture radicale avec les montres de forme d’inspiration Art déco des années 1920, Patek Philippe, que la famille Stern venait de sauver de la faillite, avait alors fait le choix de la sobriété, un parti pris bien plus complexe qu’il n’y paraît. L’histoire de la Calatrava commence en 1932 avec la Réf. 96. À travers cette dernière, Patek Philippe se revendique sans équivoque de l’école d’architecture et d’arts appliqués du Bauhaus. Un boîtier rond de 30,5 mm, un cadran réduit à l’essentiel, tout juste ponctué par une petite seconde à 6 heures, des index biseautés survolés par des aiguilles dauphine, un mouvement à remontage manuel maison, le calibre 12-120 : que demander de plus à cette montre appelée à traverser le siècle en s’érigeant comme l’archétype de la montre classique, hermétique aux humeurs des modes, des saisons et des tendances ?

Variations autour de la simplicité
Si la Réf. 96 restera une référence absolue tout au long de l’histoire de la Calatrava (officiellement nommée ainsi à partir de 1982), Patek Philippe ne tardera pas à assurer sa descendance avec de multiples variations esthétiques et techniques, toutes inspirées du modèle original. Le diamètre sera agrandi à 35 mm dès 1938 et les dimensions évolueront au fil des décennies et des mouvements - manuels, automatiques (à l’instar de la Réf. 2526 de 1953 qui fut le tout premier modèle automatique de Patek Philippe), extra plat ou à complications, qui s’y logeront tour à tour. Côté boîtier, quelques ajustements stylistiques distillés au fil du temps viendront réinventer l’esthétique de la Calatrava. La lunette guillochée Clous de Paris s’imposera rapidement comme une signature tandis que le boîtier de style Officier, avec son couvercle à charnières et ses attaches droites vissées, apparaîtra bien plus tard, en 1989 pour les 150 ans de Patek Philippe. Côté cadran, les évolutions se feront en toute délicatesse. « Le plus difficile sur une Calatrava, c’est le cadran, commente Thierry Stern, Président de la marque. Les boîtiers ne posent aucun problème : je sais les faire, j’ai grandi avec. Mais créer un beau cadran est très compliqué, parce que la Calatrava doit être simple – et comment innover sur un cadran épuré ? »

Des détails d'une importance majeure
Au fil des générations, des changements plus ou moins subtils apparaîtront sur le cadran, souvent en lien direct avec le mouvement qui palpite au sein du boîtier. La petite seconde d’origine se fait plus ou moins discrète, positionnée dans un compteur à 6 h ou, avec le calibre automatique extra-plat 240 PS, décentrée à 4 h 30. Sur certains modèles, elle se fait centrale. Sur d’autres références, elle disparaît ou cède sa place à un guichet de la date. Les aiguilles, quant à elles, adoptent diverses formes, dauphine, feuille ou Breguet. Une kyrielle de détails qui pourraient paraître insignifiants mais qui modifient sensiblement le caractère d’une montre aussi dépouillée que la Calatrava. « Chaque élément doit être parfait, parce qu’avec la Calatrava, on sait au premier coup d’œil si le design est réussi ou non, note Thierry Stern. C’est une chose difficile à expliquer mais, quand vos yeux regardent un objet, votre cerveau enregistre les détails. Parfois, je ne sais même pas pourquoi je préfère ceci ou cela – c’est juste un sentiment. Je regarde le cadran et il me semble paisible. C’est ce que j’aime dans la Calatrava. Le cadran doit être paisible. » Paisible et pourtant toujours dans l’air du temps, quitte à s’autoriser quelques audaces au sein de la collection actuelle de Patek Philippe. Graphique et contemporaine comme la Réf. 6007G avec son cadran noir ébène au centre frappé d’un motif « carbone ». Précieuse et raffinée comme la Réf 4997/200R parée de diamants et d’un cadran violet frappé d’un motif de vagues concentriques. Autant de visages différents pour une montre invariablement élégante.

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