Les origines...des automates

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Automata
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Leur usage est loin d’être tombé en désuétude : les automates passionnent encore des collectionneurs de haut niveau, servis par des manufactures qui ont érigé ces techniques si singulières en art – un art qui, lui, aura bientôt...1000 ans !

L’adage est très clair : « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient ». Mais il ne suffit pas de citer un lieu commun, et par la même occasion d’enfoncer une porte ouverte. Combien de marques a-t-on vu se targuer d’une « invention », dont on trouve pourtant des exemples plusieurs décennies, voire plusieurs siècles auparavant ?

Un détour chez Rabelais

Remonter la piste des automates, c’est donc remonter le fil de l’histoire. À commencer par les premières traces du mot lui-même. On découvre qu’il fait son apparition au début du XVIe siècle, chez Rabelais. C’est une première piste : il est inutile de chercher des traces antérieures de l’automate (littéralement, « ce qui se meut de lui-même »), puisque le mot n’existait pas avant, semble-t-il, 1532. 

Poursuivons le fil. Puisque nous sommes au début du XVIe siècle, il n’y a pas lieu de chercher des traces de montres-bracelets, puisqu’elles n’existaient pas encore. Nous sommes en revanche dans les premières heures des montres de poche. Ce sont des serruriers qui, en Italie, vers 1510, en seraient les premiers auteurs, nous apprend Dominique Fléchon dans son anthologie La Conquête du Temps.  Mais on imagine les défis de la miniaturisation déjà suffisamment nombreux...pour ne pas y adjoindre des automates ! 

Direction l’Orient

Retrouver la trace des premiers automates, c’est donc débusquer des volumes plus importants, et ainsi la capacité de loger des forces motrices plus puissantes. Pour cela, il faut s’envoler en terres arabes. Avec un génie créatif et une érudition rares, Al-Jazari (1136-1206) a donné vie dès le 12e siècle aux premiers automates, humanoïdes, horloges à eau et jeux de pistons. Sa plus célèbre création est un monument horloger et animé, « L’horloge de l’éléphant ». Elle est présentée dans l’unique témoignage écrit légué par Al-Jazari, le « Livre de la connaissance des procédés mécaniques ». L’horloger indépendant John-Mickaël Flaux en a livré une restitution en montre-bracelet en 2022. 

Al-Jazari's ‘Elephant Clock’
« L’horloge de l’éléphant » d'Al-Jazari

Retour en Occident

En Europe, si l’on exclut le problème de la miniaturisation, quelles sont les constructions qui possèdent le volume et donc la puissance suffisante pour mettre en branle des automates ? Des cathédrales. C’est donc là qu’il faut chercher les premières traces des automates européens. La cathédrale de Strasbourg semble remporter le titre de pionnière. Son mécanisme original a été construit entre 1352 et 1354. Il comportait des automates des rois mages. 

The carousel of. chariots at Strasbourg cathedral © Hugo Favre / Pokaa
Le carrousel des chars de la cathédrale de Strasbourg © Hugo Favre / Pokaa

Les représentations religieuses vont ainsi constituer l’essentiel des automates durant les trois siècles qui suivent. Ce n’est donc pas un hasard s’il faut attendre le Siècle des Lumières, qui remet profondément en cause les croyances et superstitions du Moyen Âge et de la Renaissance, pour voir s’émanciper les automates de toute tutelle cléricale, et proposer des objets animés qui servent d’autres causes. Or, après Dieu, en Europe, quelle figure centrale est son plus illustre représentant ? Le roi. 

C’est donc sous la monarchie absolue que l’on voit éclore de nouveaux automates, particulièrement en France sous l’absolutisme de Louis XIV. En 1706, la pendule de Morand prend place au Château de Versailles. Deux angelots frappent deux cloches, et Louis XIV s’avance pour être couronné par la Renommée, qui descend du sommet de l’horloge. La pièce est toujours visible de nos jours au Château. 

La suite...en Suisse

C’est à la même époque, en Suisse, en 1738, que le génial inventeur Pierre Jaquet-Droz établit son premier atelier à La Chaux-de-Fonds. On le sait aujourd’hui avec force détails, l’homme et sa descendance ont ébloui les cours et empires du monde avec des automates dont certains sont encore visibles chez Jaquet Droz comme à Neuchâtel. 

The Jaquet Droz Manufacture © Jaquet Droz
La manufacture Jaquet Droz © Jaquet Droz

Dès lors, la tradition des automates ne quittera plus les établis Suisse, et continuera à glisser du sacré, vers le temporel, puis vers le commun, voire le profondément grivois. Qui n’a jamais aperçu les automates érotiques d’Ulysse Nardin ? 

Voyeur © Ulysse Nardin
Voyeur automate érotique © Ulysse Nardin

Plus récemment, Blancpain a repris l’usage des montres-automates dans les années 80, ainsi que Chopard ou Audemars Piguet. L’horloger Svend Andersen, qui a œuvré dans l’ombre pour certaines marques précitées, a été accompagné dans son mouvement par Christophe Claret, au Locle, qui a conçu des automates ludiques (Poker) ou historiques (Napoléon). 

"Napoléon" © Christophe Claret
"Napoléon" © Christophe Claret

De manière plus percutante, Jaquet Droz redessine aujourd’hui son héritage avec des pièces uniques profondément disruptives.

The Rolling Stones Automaton - Only Watch 2023 © Jaquet Droz
The Rolling Stones Automaton - Only Watch 2023 © Jaquet Droz

Enfin, signalons le retour de l’automate dans le giron des pendules et horloges, grâce à l’assiduité des maisons L’Épée 1839 et MB&F, avec des créations ébouriffantes, dont le tour dernier Albatross, probablement le plus spectaculaire de tous. 

Albatross © MB&F x L'Epée 1839
Albatross © MB&F x L'Epée 1839