Les passions mécaniques de Bovet

Image
Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet
« On avait toute la technique, c’était parfait. La pièce était terminée à 99%. Mais il nous manquait 1% d’émotion », Pascal Raffy, propriétaire

Bovet déploie son art horloger sur trois pièces singulières, manifestant chacune des facettes différentes de la manufacture, de la grande complication à la pièce sport, en passant par un surprenant squelette dessiné avec Pininfarina. 

L’adage dit que les horlogers aiment se compliquer la vie. C’est vrai. Les complications, c’est même leur cœur de métier. Mais c’est parfois dans le seul objectif de simplifier celle des collectionneurs. Car une autre maxime nous l’enseigne : il n’y a rien de plus compliqué à atteindre que l’extrême simplicité... Qui croire ? 

Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet
Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet

Pascal Raffy, propriétaire de la maison Bovet, a son idée : « Croyez-moi, lorsque j’ai lancé l’idée de la Récital 28 Prowess 1 à mes équipes, ils m’ont pris pour un fou ». On peut effectivement accorder crédit à la parole d’un homme réputé pour s’impliquer au cœur du développement de chaque mouvement. Celui de la Récital 28 ne fait pas exception. La pièce s’attaque à angle mort de l’horlogerie : outre les 24 fuseaux classiques, savoir gérer des changements d’heures qui, d’un continent à l’autre, ne se font pas à la même date. 

En effet, depuis la mise en place de l’heure d’été, aucun garde-temps universel n’a été en mesure de s’adapter aux aléas du changement d’heure en fonction des pays, ni à ceux qui ne changent pas d’heure (seulement 70 pays environ changent d’heure, sous une forme ou une autre). Or ce qui n’est jamais adressé par un quelconque mécanisme n’a, par définition, jamais été standardisé. La première tâche de Bovet a donc été de définir quatre plages couvrant les zones horaires concernées. Ce sera l’UTC normalisé (temps universel coordonné), complété par Bovet de l’AST (heure d’été d’Amérique), de l’EAS (heure d’été d’Europe et d’Amérique) et de l’EWT (heure d’hiver d’Europe). 

Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet
Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet

On conçoit alors le nombre de variables que devra organiser la Récital 28 Prowess 1 en combinant ces quatre zones, associées chacune à l’un des 24 fuseaux horaires conventionnels : le nombre de combinaisons est exponentiel. C’est la seconde problématique des ingénieurs de Bovet : comment les afficher de manière claire, lisible et synthétique ? 

M. Raffy oriente ses équipes vers son boîtier écritoire. Signature esthétique de la manufacture, il offre un généreux volume grâce à son asymétrie, étant plus large à 12h qu’à 6h. Les horlogers ne se priveront pas de l’occuper avec un mouvement qui, en fin de course, comportera 744 composants. Mais ce n’était qu’une première étape car, au-delà de la complication « worldtimer », un garde-temps Bovet a ses propres exigences. La Récital 28 Prowess 1 doit donc, comme ses aînées, se doter d’un tourbillon volant et d’une réserve de marche de 10 jours. Elle est notamment rendue possible par la douce fréquence de son échappement cadencé à 2,5 Hz (18'000 alt./h), une réminiscence des montres de poche historiques de la manufacture fondée en 1822, et que presque plus personne n’utilise. 

Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet
Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet

« Au bout de trois ans de R&D, mes équipes sont parvenues à produire le premier mouvement prototype de la Prowess 1 », explique Pascal Raffy. « On avait toute la technique, c’était parfait. La pièce était terminée à 99%. Mais il nous manquait 1% d’émotion ». Subjective, non quantifiable, « l’émotion » dont parle M. Raffy posera un nouveau défi à ses ingénieurs. L’idée sera d’afficher la totalité des informations du quantième perpétuel et worldtimer, changements d’heures compris, par rouleaux. Pour y parvenir, les ingénieurs de Bovet ont une idée : traiter les rouleaux comme s’ils étaient à section carrée, donc avec quatre faces. Chacun des 24 rouleaux possède donc les quatre positions imprimées (UTC, AST, EAS et EWT). Une pression sur la couronne les fait successivement tourner de 90°. 

Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet
Bovet Récital 28 Prowess 1 © Bovet

Terminée, la Récital 28 Prowess 1 porte bien son nom. Il s’agit du mouvement le plus complexe de Bovet, qui mobilisera trois personnes à plein temps tout au long de son cycle de vie, lequel devrait s’étendre sur six à sept ans pour maximum de 60 mouvements, pas un de plus. 

 

Cet article est un extrait du nouveau magazine GMT XXL World, qui sortira lors des Geneva Watch Days le 29 août. Vous pouvez précommander votre exemplaire ici.

GMT XXL cover 2024
Marque