Cela ne fait maintenant pas moins de 6 ans que Ferdinand Berthoud a annoncé la couleur. Ou plutôt, les modalités très spéciales de Naissance d'une Montre 3, celle qui sera sa nouvelle collection. Malgré le secret qui l'entoure encore, on en connaît déjà quelques détails, que la marque distille avec parcimonie et patience. Cette campagne de teasing permet de savoir que Naissance d'une Montre 3 sera éditée à 11 exemplaires. Qu'elle sera dévoilée dans le courant de l'année 2025, après Watches & Wonders Geneva, évènement horloger auquel participe la marque. Qu'elle aura une couronne renflée et profondément crantée. Que son affichage sera excentré, avec un cadran heures et minutes à 1 h 30 (qui devrait être lui-même hérité d'une des horloges historiques de Berthoud). Que ses aiguilles seront bleuies à la flamme. Qu'elle présentera une égalisation de la force motrice par chaîne et fusée. Et qu'elle sera le fruit d'une reconstitution de métiers, savoir-faire et techniques réunis dans la manufacture Ferdinand Berthoud, elle-même logée dans celle de Chopard à Fleurier.

A la main, et seulement à la main
Etrangement, l’essentiel est déjà décidé depuis des années puisque Naissance d'une Montre 3 est guidée par les mêmes principes que les deux précédentes éditions. Ce projet, né en 2007 sous l'égide de la Time Aeon Fondation, a édité un cahier des charges qui encadre toutes les montres qui portent son nom. Tout tourne autour d'une idée, simple à énoncer, horriblement complexe à faire : la Ferdinand Berthoud Naissance d'une Montre 3 sera fabriquée en totalité à la main !
Evidemment, cela ne signifie pas sans outils. Car on n'attaque pas le laiton avec les dents, ni le maillechort avec les ongles. En revanche, lesdits outils ne peuvent pas être automatisés, ni programmés ou pilotés par un ordinateur. Tours, fraises, limes, pointeuses, pantographes et autres prolongements de la main doivent être guidés par celle-ci. Ils peuvent être motorisés, puisqu'on peut difficilement espérer forer dans l'acier avec une chignole. Mais l'aide devenue omniprésente des outils à commande numérique est totalement proscrite.

Tour de force en perspective
Cette distinction faite, il reste à prendre la mesure de la difficulté du principe même. Une montre, c'est au moins 200 composants, et connaissant les ambitions et le profil de Ferdinand Berthoud, ce sera beaucoup plus. Le premier teasing de la marque présentait en effet un système de chaîne et fusée qui est leur signature technique. Or une chaîne nécessite un minimum de 600 pièces. Estimation basse, 800 composants.
D'autre part, ces pièces sont très diverses en taille et en typologie. Elles répondent à un éventail de techniques de fabrication très vaste selon que leur forme est ronde et apte à être tournée, ou longue et requiert un fraisage. Ou gauche, c'est à dire irrégulière, auquel cas la chose se complique encore. Effectués à la quasi perfection par des machines, tous ces gestes sont devenus des savoir-faire délaissés, oubliés, voire considérés comme obsolètes par plus de 99% de l’industrie horlogère. Comment Ferdinand Berthoud les a-t-il appris? Réappris ? Reconstitués ? La réponse n'est pas encore livrée, mais on imagine aisément qu'il s'agit d'un projet de très grande ampleur.

Et les finitions ?
La fabrication n'est jamais qu’une première étape. Elle est suivie d'une gamme extrêmement large de finitions. Polissages, sablages, satinages, les ateliers de finitions de Ferdinand Berthoud opèrent déjà largement selon des processus manuels. Mais il faudra certainement les pousser encore plus loin qu'auparavant.
Surtout qu'une fabrication manuelle ne permet pas d’éditer des séries longues de pièces avec l'aisance, l'insouciance même, que permet l'automatisation. Tout composant qui sort d'un atelier est nécessairement rare. L'erreur, la bavure, le décotage, déjà mal tolérés, deviennent quasiment tabous dans le contexte du cahier des charges de Naissance d'une Montre.

Mais il s'agit là de principes généraux. Le cas d'espèce de Naissance d'une Montre 3, lui, est encore inconnu. Tout au plus la marque a-t-elle livré quelques croquis, une mode d’expression dont elle est friande depuis ses débuts, puisque le dessin à la main rappelle la patte de son inspirateur, M. Berthoud, et le degré de soin que la marque applique à ses créations.