Plus c'est simple, plus c'est compliqué

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Patrimony © Vacheron Constantin
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Le design d’une montre simple, à deux ou trois aiguilles, est l’exercice le plus délicat de l’horlogerie. Sans complications, sans fioritures, elle est comme nue sous le regard. L’habiller est un art.

Existe-t-il exercice plus périlleux ? Le design d’une montre est d’autant plus difficile qu’elle est simple. La chose semble contre-intuitive, car la simplicité se confond facilement avec la facilité, le dénuement avec la vacuité et l’épure avec le classicisme. La création est d’autant plus sophistiquée que le sujet est compact. Faut-il le rappeler, la montre est d’un rare minuscule, un concentré d’esthétique auquel il faut incorporer les ingrédients du précieux, du luxe et, pour parler en jargon horloger, de la bienfacture. « Je pense que de designer une montre à deux aiguilles est ce qu’il y a de plus fascinant et stimulant, dit Guido Terreni, CEO de Parmigiani Fleurier. Cela s’appuie sur la puissance d’une idée esthétique qui soutient la créativité, forte et équlibrée, afin de traverser le temps. »

Toric Petite Seconde, l’art du détail discret © Parmigiani Fleurier
Toric Petite Seconde, l’art du détail discret © Parmigiani Fleurier

Pas rempli

A contrario, dessiner une montre à complication est plus facile et plus simple à la fois. Les indications qui en découlent s’imposent. Elles viennent avec leurs propres besoins d’espace, de lisibilité, et toute une série de conventions quant à leur emplacement, généralement dictées par des mouvements préexistants. Douze mois écrits en toutes lettres, lisibles par les presbytes, sont comme un éléphant au milieu de la pièce à quantième perpétuel, surtout s’il faut y ajouter le jour et une lune. Les compteurs de chronographe sont destinés à occuper les points cardinaux du cadran. Quant au tourbillon, il occupe immédiatement 20 % de la surface, pratique pour créer une assise à 6 heures sans donner l’impression d’encombrer.

Golden Ellipse 5738, le triomphe de la forme sur le détail © Patek Philippe
Golden Ellipse 5738, le triomphe de la forme sur le détail © Patek Philippe

Pas encombré

Le dénuement, la simplicité, l’épure sont des exercices complexes, puissamment révélateurs de l’esprit d’une marque et de sa ligne créative. Au lieu de jouer avec des sous-cadrans, il faut se contenter d’une texture, comme le grenage fin de la collection Toric. Au lieu d’un agencement symétrique de lune, guichet et secteur, il faut travailler la typographie à l’extrême, comme celle qu’Hermès a inventé pour la Cut. Plutôt que de jouer sur le sentiment d’un remplissage, satisfaisant pour l’œil, il faut dégager un espace, parfois même de forme comme celui, vaste, de la Golden Ellipse de Patek Philippe. Avec le vide, il faut créer une impression de plein, un exercice encore plus difficile avec des cadrans noirs, qui boivent la lumière, voire la suppriment comme les modèles Vantablack d’H. Moser à Cie. Des éléments aussi basiques qu’une minuterie et une aiguille deviennent alors un langage, à l’instar de celui que Vacheron Constantin a instillé dans sa ligne Patrimony. « Les codes esthétiques font partie de l’histoire d’une marque et sont reconnaissables par le client, insiste Guido Terreni. Ce sont comme des notes de musique qui ne peuvent créer de l’émotion à elles seules. Seulement quand on joue avec. »

Endeavour Centre Seconds Vantablack, le noir pour vocabulaire © H. Moser & Cie.
Endeavour Centre Seconds Vantablack, le noir pour vocabulaire © H. Moser & Cie.

Pas habillé

Point de lunette fonctionnelle, tout au plus une cannelure fine comme sur la Rolex Perpetual 1908. Épaulements de couronne interdits, celui pourtant discret de la Cut d’Hermès étant à la limite de la fantaisie. Même les cotes de la boîte sont concernées par cette autre exigence de la montre simple : à défaut d’une extrême finesse, elle ne peut être grossièrement épaisse. Et là encore, les obstacles abondent. Passer sous la barre des 7 mm fait basculer dans le domaine de l’ultra-fin, catégorie à part tant elle a ses propres codes. Au-delà des 12 mm, on entre dans le domaine du sportif ou de la fabrication d’entrée de gamme. Si le cadran est simple, la boîte ne peut être grosse. Si le design des attributs joue la subtilité, les cornes et la carrure ne sauraient être lourdes. Dans cette jungle de restrictions, d’obstacles et d’équilibres complexes, la voie est étroite, les recettes toutes faites sont inexistantes et les designs réussis forcément endurants.

Hermès Cut, déjà ornementale, à la lisière de la fantaisie © Hermès
Hermès Cut, déjà ornementale, à la lisière de la fantaisie © Hermès

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"GMT 90" © GMT Magazine
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