Il est évidemment bien trop tôt pour parler de montre iconique, d’objet culte, de création de référence. Néanmoins, l’évidence est là : la nouvelle « Nuit Fantastique » de Trilobe affiche une maîtrise qui marque une rupture dans l’évolution de la jeune maison française. Si le modèle existait déjà avec quelques premières variations chromatiques, celle qui est aujourd’hui dévoilée apporte la confirmation d’une maturité désormais acquise.
Nouvelle nuit
Techniquement, cette « Nuit Fantastique » ne diffère en rien des autres. Esthétiquement, en revanche, la combinaison d’une boîte en or rose et d’un cadran chocolat souligne une géométrie et des lignes de manière totalement nouvelle. Le modèle avait déjà gagné en maturité en supprimant un certain nombre d’indications et d’index présents autrefois sur les premiers modèles de la collection « Les Matinaux » : trois fois le logo maison, trois cercles concentriques de large diamètre, trois lunettes graduées respectivement des heures, minutes et seconde. Il y avait du monde sur ce cadran, certes très identitaire mais qui manquait quelque peu de souffle et de respiration.
La collection « Nuit Fantastique » repose sur la même architecture mais simplifie considérablement l’esthétique. Il n’y a plus que le tour d’heures et celui des secondes. Les minutes sont désormais indiquées par un petit guichet. L’ensemble reste bien évidemment dépourvu d’aiguille, signature esthétique de Trilobe.
Le cadran est donc considérablement épuré. N’y réside plus qu’un seul logo fixe à midi et plus aucun cercle concentrique sur le cadran. Celui-ci est donc largement ouvert et laisse respirer une composition plus essentielle, plus intime, plus minimaliste. La surface libérée permet d’exprimer une approche presque « métier d’art », avec un cadran magnifiquement grené d’un ton chocolat assez unique qui reprend la chaleur de la boîte en or rose, que l’on avait déjà aperçue avec sur un cadran gris anthracite.
Harmonie de fond et de forme
Ce boîtier reste disponible en deux tailles différentes : 38,5 mm ou 40,5 mm. Proposer deux formats différents pour la même pièce reste une spécificité de la maison. Le plus délicat sera de choisir entre l’un ou l’autre. Les deux sont parfaitement unisexes et répondent sans aucune difficulté aux exigences des collectionneurs les plus avertis, qui rechignent à dépasser le seuil des 41 mm.
Côté fond, on découvre la nouvelle version du mouvement maison, l’X-Centric, dont les fondations furent posées par Jean-François Mojon. Trilobe l’a depuis modifié (plus fin, passage de 13,5 mm à 8,8 mm actuels) et l’exploite aujourd’hui en totale autonomie avec Le Cercle des Horlogers. Le calibre laisse découvrir son balancier à 6h, quelques rouages et son micro-rotor à midi, très joliment colimaçonné. La finition est exemplaire, sobre, juste, suffisante. Elle reflète l’esprit du cadran : rien à ajouter, rien à retirer.
Écrire l’avenir
Et maintenant, que faire ? La ligne esthétique semble claire, définie, presque indépassable pour ce qui concerne l’affichage côté cadran. Côté mouvement, on pense à un éventuel tourbillon, même s’il viendrait significativement alourdir une facture que Trilobe a toujours veillé à garder dans les limites du raisonnable.
Côté cadran, la petite seconde peut encore gagner en finesse typographique – les 15, 30, 45 et 60 demeurent quelque peu surdimensionnés. La tentation serait forte d’user de tout l’espace vide pour insérer une complication : un second fuseau ? Un jour ? Une date ? « J’ai environ 15 ans d’idées créatives dans les cartons ! », sourit Gautier Massonneau, fondateur de la marque. Ou encore pour développer des finitions de cadran. « Nous travaillons sur du guillochage, mais j’explore aussi la piste des cadrans minéraux. Lapis Lazuli, labradorite, malachite : il y a énormément de possibilités. On se voit à Watches & Wonders » ? Le rendez-vous est pris.