L’Aquanaut serait, initialement, une montre créée pour l’un des corps d’armée d’Arabie Saoudite. D’autres sources citent le régime en place en 1997 en Libye, avec 1000 exemplaires également dédiés à l’armée. Une commande qui, pour une raison inconnue, a bel et bien été produite par Patek Philippe mais dont la livraison ne s’est jamais faite. D’où l’apparition, entre 1996 et 1997, de ce lot de 1000 pièces à forte connotation militaire, et qu’il fallait malgré tout écouler…
De cet ADN militaire découle un cadran à découpes bombées qui évoque le revêtement d’une grenade. Sa vocation opérationnelle se confirme avec un bracelet caoutchouc. De série, c’était une première pour une Patek Philippe, même si Hublot en avait déjà ouvert la voie depuis près de 20 ans.
Année charnière
L’année de lancement, 1996, n’est pas anodine. Patek Philippe inaugure alors l’immense manufacture telle qu’elle existe toujours aujourd’hui. Elle regroupe sous un même toit les huit implantations genevoises précédentes. Philippe Stern (président de l’époque) précise à cet égard que « cela a beaucoup accru notre notoriété et la demande a suivi ».
L’Aquanaut en profite: une pièce jeune, portée par une manufacture ultra moderne, idéale pour séduire une nouvelle clientèle. Même si Philippe Stern confie que « nous l’avions conçue comme une montre pour les jeunes, mais ces derniers ont eu bien de la peine à en acquérir la première année, car tous les collectionneurs plus âgés et bien établis ont aussitôt épuisé les stocks en disant que c’était la montre parfaite pour tous les jours ».
L’élan est confirmé par un nouveau nom associé à la manufacture, celui de Thierry Stern. Le fils de Philippe Stern vient de rejoindre la firme familiale à Genève. Il prendra la direction de la marque en 2009 et s’est toujours montré un fervent soutien de l’Aquanaut : « une montre de sport portable partout, et c’est ce qui me plaît ».
« L’Aquanaut a trouvé son propre public, plus baroudeur que celui de la Nautilus. Elle devient progressivement un classique et une valeur sûre d’investissement, mais pas à n’importe quel prix. »

Ombre portée
Pourtant, l’Aquanaut suit d’abord une carrière à l’ombre de son aînée, la Nautilus. Certes, les deux sœurs ont en commun d’avoir été supervisées par Gérald Buchs, entré chez Patek Philippe en 1969 et directeur de la création dans les années 1990. Mais là s’arrête la comparaison: la Nautilus (1976) est l’œuvre de Gérald Genta, l’Aquanaut (1996) est une pure création maison, même si le rapprochement esthétique est inévitable.
Fait peu commun en horlogerie, l’Aquanaut trouve immédiatement ses codes : cadran et bracelet texturés d’un même motif, chiffres arabes, lunette polie, trois aiguilles centrales et date à 3h qui animeront la quasi-totalité des premiers millésimes. Mais une fois encore, le rapprochement avec la Nautilus se fait instantanément : les premières versions partagent des diamètres quasi identiques et, surtout, le même mouvement, le Cal. 330 SC – SC pour Seconde Centrale.
Cette première génération d’Aquanaut porte une référence simple: 5060. Elle couvre les deux premières années de sa vie. Dès 1998, Patek Philippe comprend la nécessité de mieux singulariser son Aquanaut, de la sortir de l’ombre de son aînée. Une nouvelle référence est conçue pour cela, la 5064. Elle se diversifie à quatre diamètres (de 29,5mm à 38,8mm) et se dote de quatre calibres (deux à quartz, deux mécaniques). Patek Philippe tente également une version or, et même un bracelet or, lequel alimentera aussi les collections 1999.

A rebours de la mode
La démarche créative peut surprendre: en cette fin des années 1990, entre Royal Oak Offshore et nouvelles Panerai, la tendance est aux tool watches ultra massives, démonstratives. La mode est à l’oversize. Mais Patek Philippe décide, pour son Aquanaut, d’aller en direction opposée. Les diamètres se réduisent. On voit apparaître des variations en or, d’autres serties. Un choix judicieux, selon un collectionneur averti : «la plupart des pièces XXL de la fin des années 1990 ont mal vieilli. Alors que ces premières Aquanaut restent d’actualité, élégantes et tout à fait portables de nos jours». Patek Philippe ne développe le modèle suivant qu’en 2004. Ce sont trois variations femme avec lunette sertie. Étape suivante: un nouveau calibre, le 324 SC. Introduit en 2008, il représente la deuxième grande génération de mouvements Aquanaut, qu’il anime pendant plus de 15 ans. La troisième génération, toujours en vigueur, bat principalement au rythme du 26-330 SC.

Avenir bien tracé
Aujourd’hui, la gamme Aquanaut comporte 20 références différentes. C’est équivalent à la totalité des références produites entre 1997 et 2017, signe que Patek Philippe s’appuie de plus en plus sur son Aquanaut. Reste que la pièce demeure malgré elle captive d’un positionnement «entre-deux»: plus tout à fait récente, mais pas encore véritablement «vintage».
Beaucoup admettent que sa cote actuelle reste indexée sur celle de la Nautilus. Traduction: excessivement élevée, déconnectée du marché. Une «bulle» spéculative, avec des modèles d’occasion parfois au sextuple du prix boutique. «Pour cette raison, cela n’a aucun sens d’acquérir une seconde main, poursuit ce collectionneur. L’Aquanaut a trouvé son propre public, plus baroudeur que celui de la Nautilus. Elle devient progressivement un classique et une valeur sûre d’investissement, mais pas à n’importe quel prix.»
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