Un lancement Montblanc sous la bannière Minerva est toujours un événement. L’illustre chronométrier, qui a intégré le groupe Richemont via Montblanc en 2006, continue de produire quelques rares pièces que les amateurs de très belle mécanique de précision s’arrachent. Pour un collectionneur, un chrono d’origine Minerva n’est pas seulement une pièce de collection : c’est aussi l’un des mouvements les plus beaux au monde. Et il est tout à fait salutaire que Montblanc ait pris le petit atelier indépendant sous son aile pour le protéger et pérenniser son exceptionnel talent horloger.

Calibre 13.20, le pionnier
En 1909, l’atelier Minerva commence à développer des chronographes, devenant rapidement un spécialiste de la fabrication de montres et de chronomètres professionnels. En 1923, il dévoile son premier chronographe monopoussoir à remontage manuel dédié aux montres-bracelets. C’est une date singulière : à cette époque, la montre portée au poignet est encore peu répandue – encore moins celle équipée d’un chrono. C’est le mouvement 13.20. Les collectionneurs le vénèrent, même s’il est devenu virtuellement introuvable.

13.21, le descendant
Ce calibre historique est ponctuellement réédité, optimisé depuis 2003. Il se nomme désormais 13.21. Depuis 2023, il fonctionne en interaction avec la lunette. Pourquoi ? Parce qu’en 1939, Minerva réalise sa première montre-bracelet chronographe dotée d'une lunette tournante externe avec fonction de réinitialisation.

Son usage est atypique mais d’une extrême simplicité. Les fonctions se déclenchent par la lunette cannelée en or 18 carats, en version affinée dans cette nouvelle édition – pour rappel, la lunette cannelée n’est pas une singularité Rolex, Montblanc en fabrique dès 1927, soit peu ou prou en même temps que la première Oyster de 1926.
Pour activer cette lunette, il suffit de tourner la lunette d'un clic dans le sens des aiguilles d'une montre pour démarrer le chronographe. Un deuxième clic l'arrêtera et un troisième clic le réinitialisera. La lunette comporte 30 pas par tour complet, ce qui signifie qu'elle peut chronométrer 10 événements distincts en un tour. Montblanc est l'une des rares maisons horlogères à avoir développé un tel système et a déposé plusieurs demandes de brevet pour celui-ci.

Bleu, vert, noir
Ce mouvement historique a déjà fait l’objet de deux interprétations ces derniers mois : en une version bleue (100 ex.), et en une version verte (23 ex.). La pièce aujourd’hui dévoilée est elle aussi limitée, à 100 exemplaires. Sa robe est nouvelle : cadran noir et boîte noire...ou presque. Car tout est dans son traitement.
De prime abord, le boîtier de 42,5 mm en acier semble traité comme un « gun metal », cet acier bruni typique des années 20. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Cette finition particulière est obtenue en traitant le boîtier en acier inoxydable avec un revêtement noir. Il est ensuite lavé et brossé manuellement avec du quartzite du véritable Mont Blanc, ainsi qu’avec du calcaire de la montagne en forme de « V » située face à la manufacture de Villeret, la Combe Grède. Une astucieuse association minérale qui apporte à la pièce son supplément d’âme et d’authenticité.

La pièce comporte deux jeux d’aiguilles : en bleu, celles qui sont dédiées au chronographe, donc l’aiguille de la seconde centrale et celle du compteur des 30 mn, placé à 3h. Les aiguilles cathédrales centrales et la petite seconde à 9h sont en noir. Ce tout dernier choix peut surprendre. Une petite seconde en noir sur du gris foncé ne bénéficie pas du contraste le plus appuyé pour sa bonne lecture, mais la pièce conserve ainsi sa sobriété.
Notons enfin un ultime détail : la « Montblanc 1858 The Unveiled Timekeeper Minerva Limited Edition - 100 pieces » est toujours cadencée à 2,5 Hz, soit 18'000 alt./h. C’est une douce fréquence qui n’est guère plus usitée, si ce n’est par Bovet. Un atypisme chéri des deux maisons, distantes d’à peine quelques dizaines de kilomètres. Un vallon où, définitivement, l’on aime prendre son temps.