Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se... réinvente. Il est tentant de paraphraser Lavoisier au profit d’une horlogerie, qui, régulièrement, retourne s’abreuver au puits de son patrimoine. Pourquoi ? Parce qu’il faut sans cesse proposer de nouvelles variations de garde-temps qui, eux, n’ont pas fondamentalement changé depuis 250 ans. On aurait pu croire qu’au fil de l’eau, l’art horloger arriverait à court d’inspiration. Ce n’est pas le cas. En tout cas, pas chez Audemars Piguet. La manufacture, qui souffle cette année ses 150 bougies, n’a jamais été aussi créative.
Elle le démontre en ce début de printemps avec la révélation de trois nouveautés, deux Royal Oak Offshore et une Royal Oak Double Balancier Squelette. Le lancement de ces trois références a un point commun : une nouvelle céramique « Bleu Nuit, Nuage 50 ».

Exercice de chimie
Les collectionneurs non rompus aux subtilités du Brassus hausseront un sourcil. Ses aficionados esquisseront un sourire complice. Car « Bleu Nuit, Nuage 50 » n’est pas l’obscure référence d’un nuancier interne. C’est l’appellation précise de la couleur choisie par Gérald Genta pour habiller le cadran de la première Royal Oak de l’histoire, le modèle 5402 de 1972. Une couleur emblématique, qui a traversé les générations et qu’Audemars Piguet emploie encore.
Si la couleur est une chose, le matériau en est une autre. Et l’alliance entre les deux peut valoir bien des nuits blanches à ceux qui rêvent en bleu. Car créer une montre uniformément bleue est une gageure de chimiste averti.
Audemars Piguet a néanmoins relevé le défi. Le goût du défi fait partie de son ADN. Ses ateliers ont acquis la maîtrise de la céramique de couleur, comme en attestent les précédentes itérations noires, blanches, bleu électrique, vertes ou marron. Rappelons que la céramique est, à la base, une poudre. Le moindre ajout de pigment de couleur perturbe son homogénéité. Il a donc fallu plusieurs années de développement non seulement pour que cette nouvelle céramique bleue soit uniforme, mais aussi afin qu’elle reproduise à la perfection ce « Bleu Nuit, Nuage 50 » qui a profondément marqué les collectionneurs des 50 dernières années.

Royal triplé
Pour fêter cet accomplissement, Audemars Piguet n’a pas présenté une nouveauté en céramique « Bleu Nuit, Nuage 50 », mais trois – on n’a pas tous les jours 150 ans. Deux d’entre elles sont des Royal Oak Offshore Chronographe Automatique. La première (42 mm) est un modèle dont les compteurs sont disposés en « 6-9-12 », la date profitant de l’ouverture pour se faufiler à 3 h. Boîte et bracelet sont intégralement en céramique. La seconde possède des compteurs au format « 3-6-9 » et date à 4 h 30 dont la boîte est en acier : la céramique est réservée à la lunette, la couronne et aux poussoirs. Cette création est proposée sur bracelet en cuir ou en caoutchouc.

La troisième est une Royal Oak Double Balancier Squelette de 41 mm, entièrement en céramique. Le Calibre 3132 affleure sous la glace saphir, puisque la pièce est dépourvue de cadran. Expressive, voire démonstrative, elle affiche entre 6 h et 9 h un double balancier, singularité cultivée par Audemars Piguet qui, outre l’effet esthétique, améliore la précision et la stabilité de la montre. Les deux balanciers se compensant l’un l’autre, le système oscille en parfaite synchronie. Dans cette troisième composition, la boîte en céramique « Bleu Nuit, Nuage 50 » sert de cadre à une composition complexe, très technique, où s’expriment 150 ans de maestria horlogère.