Nous ferons l’économie d’enfoncer les portes ouvertes qui associent l’horlogerie aux métiers d’art : précision du geste, noblesse des matériaux, savoir-faire séculaire, etc. Tout cela a été dit un nombre incalculable de fois. Le parallèle est juste, mais éculé. Pour le renouveler, et revitaliser par la même occasion l’intérêt des collectionneurs pour l’art horloger, il faut apporter quelque chose de nouveau.
Maurice Lacroix pourrait y parvenir avec une voie attrayante. Dans le cadre de son soutien à TimeForArt (vente aux enchères de montres au profit des artistes et de l’art contemporain), la marque a dévoilé une Masterpiece Skeleton « With what eyes ? », réalisée par Rodrigo Hernández. On y voit deux singes, façonnés à la main, en bronze, qui se font face, de part et d’autre de la mécanique apparente du mouvement squelette.

L’avantage d’une œuvre d’art, c’est de pouvoir se dispenser de la juger : chacun pourra l’estimer suivant sa sensibilité personnelle. Comme dit l’adage, « des goûts et des couleurs, on ne discute point ». En revanche, il faut analyser la démarche de Maurice Lacroix dans son ensemble, et pour deux raisons au moins.
Un engagement pérenne ?
La première, c’est que la maison des Franches-Montagnes n’en est pas à son coup d’essai en matière d’association artistique. Elle s’est liée au magazine *Wallpaper*, revisitant la collection Pontos avec des designers de renom tels que Jean Nouvel, Kris Van Assche et Patricia Urquiola. En 2022, elle a également fait appel au street-artist thaïlandais Benzilla pour revisiter l’Aikon #tide. Et sans collaboration externe, Maurice Lacroix avait aussi commis la très belle Urban Tribe, qui lorgnait déjà sur l’art de la gravure.

En définitive, on peut interpréter cette association avec Rodrigo Hernández comme la poursuite d’un chemin artistique auquel Maurice Lacroix semble de plus en plus sensible, avec une touche éminemment moderne. Nous sommes loin des peintures miniatures du XVIIIe siècle ou des merveilles d’émail grand feu du XXe siècle. En réalité, les choix de Maurice Lacroix reflètent ceux de son CEO Stéphane Waser : créer un univers différent, pour une marque différente, en allant chercher des talents peu connus, dotés d’une approche véritablement contemporaine des métiers d’art. Maurice Lacroix est une marque de son temps, à laquelle il faut associer des artistes de son temps.
Des métiers d’art (enfin) accessibles ?
La seconde raison tient au positionnement de la marque. Celle-ci se veut d’un luxe toujours accessible. L’Urban Tribe, bien qu’en édition limitée, restait sous la barre des CHF 2000.-, un prix raisonnable eu égard au travail du bracelet et de la lunette.

Est-ce que la Masterpiece Skeleton « With what eyes ? » de Rodrigo Hernández suivra cette voie ? Probablement pas : elle est destinée à une vente aux enchères. Son objectif est donc opposé, puisqu’elle a été conçue pour être attribuée au prix le plus élevé possible.
Néanmoins, elle confirme la volonté de Maurice Lacroix de s’engager périodiquement dans des créations horlogères teintées de métiers d’art accessibles. Le créneau n’est pas nouveau, Koppo et plus récemment Louis Érard ou Awake s’y essaient. Mais la force de frappe de l’Aikon et de Maurice Lacroix pourraient permettre d’atteindre ce Graal dont bien des collectionneurs moins fortunés rêvent : avoir de belles montres, richement décorées de métiers d’art...et qu’ils peuvent s’offrir.