Le chronographe 100% manufacture est un exercice bien plus complexe qu’il n’y paraît. Au quotidien, cette complication est largement répandue grâce aux mouvements génériques qui inondent le marché à bas coût et avec une grande fiabilité (ETA, Sellita, Soprod, parmi d’autres). Mais rares sont les manufactures qui possèdent leur propre calibre chronographe. Breguet, Parmigiani Fleurier, Patek Philippe, Vacheron Constantin, en font partie, avec donc A. Lange & Söhne.
Le développement en interne de ce chronographe est d’ailleurs venu assez tôt dans la reconstruction de la marque. Après son retour sur la scène horlogère en 1990 et ses premières créations révélées en 1994, le Datograph est arrivé dès 1999. Il est toujours en collection courante, grâce à de multiples évolutions. Le calibre L.950 originel est ainsi devenu le L.951.8. C’est celui qui équipe le Datograph Handwerkskunst aujourd’hui dévoilé.

Tradition maison
Cette série très limitée s’inscrit dans une tradition maison, celle de proposer ponctuellement des éditions anniversaires du modèle de série avec une finition particulière. Il existe au total huit modèles A. Lange & Söhne retravaillés en tant que « Handwerkskunst », toutes collections confondues, entre 2011 et 2024, incluant cette dernière Datograph Handwerkskunst.
La singularité de la pièce réside dans sa décoration. Le traitement réservé au cadran est celui qui saute immédiatement au regard. Il s’agit d’une finition tremblée. Elle n’est pas nouvelle chez A. Lange & Söhne : la maison l’avait déjà utilisée en 2015 pour une 1815 Tourbillon.
Techniquement, le tremblé est un martelage manuel : l’artisan vient poinçonner, à la main, d’infimes anfractuosités à la surface du cadran, pour lui donner cet aspect légèrement grainé qui joue avec la lumière. Les puristes distinguent le tremblé du martelé et du grené en fonction de la profondeur de l’incision. Toutefois, la littérature horlogère ne s’accorde pas sur la définition technique précise associée à chaque technique, que l’on tendra donc à rapprocher.

100% manuel
Le procédé n’est pas nouveau, mais il est rare qu’il soit effectué à la main. Le martelé est bien souvent produit au laser où à la machine. Il en va ainsi du Frosted Gold d’Audemars Piguet, aujourd’hui mécanique. Seules de rares maisons le pratiquent encore à la main. Parmi elles, Ferdinand Berthoud, ou Moritz Grossmann, qui se situe...à 900 mètres de la manufacture A. Lange & Söhne. Là, le graveur travaille le matériau à l’aide d’un burin plat denté, fabriqué spécialement pour obtenir une surface au grain fin. La difficulté est non seulement de créer une texture homogène sur une petite surface, mais aussi de préserver certains éléments du cadran tels que le logo en arc, le marquage des minutes et des heures ainsi que l’échelle tachymétrique.
Le mouvement reste de facture emblématique A. Lange & Söhne, à l’exception du coq de balancier dont la tradition locale, à Dresde, veut qu’il bénéficie de riches gravures. Le Datograph Handwerkskunst n’échappe pas à la règle, avec un motif floral dont on appréciera la complexité d’exécution : la gravure des plantes n’est pas en profondeur, mais c’est toute la matière alentour qui a été évidée pour lui permettre d’affleurer. Ce n’est donc pas une gravure en creux, mais en relief.

La pièce ne sera éditée qu’à 25 exemplaires, en boîte en or jaune de 41 mm, disponible uniquement en boutique maison.