Nietzsche est l’un des principaux penseurs de l’oubli. Il s’agit pour lui, à grands traits, d’une nécessité : il faut pouvoir oublier pour se libérer du passé. Un aphorisme qui ne s’applique pas à Urwerk. L’atelier horloger fut l’auteur, en 2014, d’une petite révolution que tout le monde, ou presque, a en tête. Son nom : EMC, pour Electronic Mechanical Control. Son idée est plutôt simple. Il s’agit de permettre à l’utilisateur de contrôler l’avance/retard de son Urwerk et, le cas échéant, de la corriger lui-même – deux tâches que seul un horloger peut habituellement faire.

Une montre, deux mouvements
Pour proposer une telle interaction, l’EMC comporte deux moteurs. Le premier est purement mécanique. C’est celui qui donne les heures, minutes et secondes, ainsi que la réserve de marche, de façon traditionnelle. Le second s’apparente à un mouvement à quartz. Il oscille à 16 millions d’Hertz. Ce second mouvement est celui de référence : il ne donne pas l’heure mais, à cette fréquence, il permet de mesurer des intervalles de 10 microsecondes. Un capteur optique en prend alors le pouls, et le compare à celui du mouvement mécanique, cadencé pour sa part à seulement 4 Hz, fréquence traditionnelle de l’horlogerie mécanique. Il en résulte un écart, traduit par le compteur à 10h qui peut varier entre -20 et +20 secondes. Une petite vis au dos de la montre permet alors d’ajuster la précision du mouvement mécanique pour réduire cet écart au plus proche de zéro.

Pour le 10e anniversaire de cette très belle invention, Urwerk dévoile 10 exemplaires en un nouvel habillage, baptisé SR-71. Cette référence aéronautique ne sera peut-être pas explicite pour tout le monde. En revanche, le nom par lequel elle est connue dans le grand public sera certainement plus évocateur : Blackbird, l’avion furtif américain pouvant croiser à Mach 3. Il fut en service jusqu’en 1990. Aéronef largement protégé par le secret militaire, les composants de ceux qui restent intègres sont protégés par l’armée et, précise Urwerk, « par la CIA ».
Habillage furtif
L’EMC SR-71 comporte un levier sur le côté droit (une dynamo destinée à charger le module EMC en énergie) réalisé dans un authentique morceau du fuselage du SR-71. Le précieux alliage a été apporté à Urwerk par deux passionnés propriétaires du matériau brut et qui possédaient également, à titre personnel, une EMC. L’idée d’associer les deux a été proposée à Urwerk en 2020, qui prit trois années pour dessiner le composant intégrant le morceau de fuselage préalablement fondu, et refaire de nouveaux mouvements d’EMC, lesquels étaient sold out depuis des années. Il n’y en eut que deux séries limitées de 50 pièces, soit 100 exemplaires tous écoulés depuis bien longtemps.

Cette nouvelle mouture de l’EMC s’habille d’une boîte en titane et acier de 47 x 49 mm, noire, sur bracelet type NATO kaki. Son mouvement à remontage manuel et double barillet offre 80 heures de réserve de marche. Elle est proposée à CHF-. 150'000 HT. Bien moins que les 280 millions de dollars que coûterait un Blackbird de nos jours...