Geopolis : la pierre mise à l’index

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GEOPOLIS OPAL © Louis Moinet
Cette Geopolis n’est pas juste une montre. C’est, une nouvelle fois, une invitation à remettre la créativité au centre du jeu horloger

Jean-Marie Schaller fête cette année les 20 ans des Ateliers Louis Moinet. L’anniversaire est discret comme ce CEO qui, en deux décennies, est parvenu à remettre le nom de l’homme (1768 – 1853) au sein de la galaxie horlogère. 

Le défi n’était pas mince. En 2004, personne ne connaissait Louis Moinet. Aujourd’hui, c’est un érudit reconnu pour ses inventions décisives (celle du chronographe et de la haute fréquence) comme pour son apport à la littérature horlogère (son Traité, rédigé au crépuscule de sa vie, était encore utilisé dans certains pays un siècle plus tard, dans les années 1950). La ville natale de Moinet, Bourges, possède même, grâce à Jean-Marie Schaller, sa propre rue Louis Moinet. Il ne reste probablement plus qu’à mettre la main sur l’une de ses toiles ou sculptures, à ce jour introuvables malgré la certitude qu’il en exécuta plusieurs, entre France et Italie...

GEOPOLIS OPAL © Louis Moinet
Geopolis Opal © Louis Moinet

Perspectives minérales

Dans l’immédiat, les Ateliers Louis Moinet font vivre son nom avec un certain talent. Au-delà du magistral Memoris, pièce hommage à l’invention du chronographe, Jean-Marie Schaller a exploré l’espace et ses confins que Louis Moinet lui-même, en son temps, scrutait au rythme effréné de son Compteur de Tierces (30 Hz, plus de sept fois la cadence moyenne d’une montre contemporaine). 

En marge de ces axes chronographiques et astronomiques, Jean-Marie Schaller a depuis longtemps imprimé aux Ateliers une dimension minérale. Il y eut d’abord un usage important de fossiles, puis de pierres variées aux couleurs enivrantes. L’opale en fait partie. 

GEOPOLIS OPAL © Louis Moinet
Geopolis Opal © Louis Moinet

Nouveau genre

Cette pierre possède un singulier éclat. Il varie du bleu, au vert, au turquoise, voire au violet, en fonction de l’angle de la lumière. C’est une pierre vive, qui capte immédiatement l’attention. On en trouve chez Chopard, Piaget, Jaquet Droz, Dior, Chaumet, plus récemment chez Gucci. Que remarque-t-on ? Deux choses. D’abord, à l’exception de Jaquet Droz, il ne s’agit que de maisons principiellement joaillières. Ensuite, que toutes les montres concernées sont à destination des femmes. 

Les Ateliers Louis Moinet ouvrent donc une voie nouvelle. Ou plutôt deux nouvelles voies. La première est que cette Geopolis de 40,7 mm est unisexe, même si plus volontiers masculine. En tant que montre dont l’attrait esthétique est principalement l’opale, c’est inédit. La deuxième nouveauté réside en l’usage de ce minéral : il n’est pas dévolu au cadran, mais à ses index. La base du cadran, elle, est en onyx d’un noir absolu. 

Geopolis Opal © Louis Moinet
Geopolis Opal © Louis Moinet

Index d’opale

La composition de cette Geopolis n’a, semble-t-il, pas d’équivalent en horlogerie. L’opale est utilisée pour marquer l’emplacement de 10 index. Les deux derniers sont virtuellement présents sous le tourbillon à 6h, dont la cage tourne elle-même sur un fond d’opale. Enfin, les deux aiguilles centrales évoluent elle aussi sur un centre d’opale. 

L’idée de travailler ainsi sur les index ouvre de nouveaux chemins créatifs. L’horlogerie traditionnelle ne les travaille plus depuis des décennies. Ces discrets éléments d’habillage ne sont plus mis en valeur que par de l’or ou, tout au plus, des diamants baguette. On n’oublie presque ce composant, comme on oublie des paires d’aiguilles qui sont largement standardisées. 

Certes, le client est largement conservateur et valide de telles facilités : pour lui, bien souvent, il n’est guère de salut hors les aiguilles dauphine et les index droits. Mais il appartient aux marques horlogères de bousculer ce que le marché tient pour acquis, et de proposer des chemins de traverse. Le concept des index minéraux, éclatants, uniques, que dévoile aujourd’hui cette Geopolis est surprenante et bienvenue. Ce n’est pas juste une montre : c’est une idée. Celle que l’on peut faire les choses autrement, sans complication (au sens propre comme figuré), simplement en prenant le temps de considérer les éléments constitutifs d’un cadran, et en voyant comment les sublimer. Louis Moinet a ouvert la voie. Espérons que d’autres s’y aventureront. 

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