Nous sommes en 1978. Elvis est mort depuis un an. Le rock’n’roll a traversé l’Atlantique et s’est fracassé sur les côtes anglaises. Là, de sales garnements désargentés en ont ramassé les morceaux et distillent, depuis 15 ans déjà, un rock aguicheur, irrévérencieux, lascif et provocant. Ces « glimmer twins », comme on appelle Mick Jagger et Keith Richards, « les jumeaux étincelants », le teintent de funk, disco, s’habillent de paillettes et de lycra moulant.

Tout cela se traduit le 9 juin 1978 par la sortie de l’album « Some Girls ». Sa pochette est à l’image de la galette qu’il contient : ultra colorée, propulsant les clichés d’antan dans un univers pop et acidulé où se mélangent allègrement les genres et les identités. On voit, sur le précieux carton enveloppant le 33T, les plus belles femmes du 20e siècle (d’où le titre de l’album). Parmi elles, Brigitte Bardot, Claudia Cardinale, Raquel Welch, Marilyn Monroe.
Les actions en justice pour « atteinte au droit à l’image » ne tardent pas à pleuvoir de la part des intéressés. Les Stones les perdent quasiment toutes. Acculés, ils doivent refaire leur pochette mais ne se privent pas d’une autre facétie dont ils étaient déjà familiers* : la nouvelle pochette figure les membres des Rolling Stones grimés en femmes, à la place du visage de celles initialement représentées et qui sont découpées dans la pochette. Nouveau scandale, mais cette fois juridiquement inattaquable...

La Rolling Stones Automaton « Some Girls » que Jaquet Droz a dévoilé la semaine passée s’approprie cette histoire sulfureuse. Il s’agit d’une pièce unique, comme le sont dorénavant toutes les créations de l’atelier de La Chaux-de-Fonds. Elle se compose de trois cercles concentriques encapsulés au sein d’une boîte en or rouge de 43 mm. Au centre, un portrait pop-art de Jagger se déploie sous les aiguilles des heures et minutes. En dessous, un second cercle reprend la pochette, où sont déposés les instruments de scène des Stones : les guitares de Ron Wood et Keith Richards, le kit de batterie de Charlie Watts, le micro et l’harmonica de Jagger – ce dernier n’excédant pas quelques dixièmes de millimètre. Chaque instrument est façonné à la main dans un bloc d’or brut. Et toute l‘iconographie est réalisée en peinture miniature, reproduisant à la main les infimes nuances de la pochette.
Le troisième cercle est animé par un automate. À sa surface, les microsillons des disques vinyle d’antan, comme lors de la sortie en 33 Tours de « Some Girls », gravés sur une surface en laiton. Le disque tourne en 30 secondes, à la demande, sur simple pression du poussoir coaxial à la couronne, à 3h. La réserve de marche de l’automate permet jusqu’à 4 minutes d’animation (soit 8 rotations). La langue des Stones, à 9h, monte, descend, frétille. Au-dessus, le bras du tourne-disque monte et descend et permet ainsi d’indiquer la réserve de marche. La pièce a pu être aperçue lors des Geneva Watch Days. Une chance unique, comme elle. Elle est probablement déjà au poignet d’un collectionneur.

* Lorsque les Rolling Stones voulurent quitter leur premier label, Decca, celui-ci leur objecta qu’ils leur devaient un dernier morceau avant d’être libérés de leurs obligations. Jagger & Richards enregistrèrent en quelques minutes un titre à cet effet, qu’ils intitulèrent « Cocksucker Blues ». Decca ne put évidemment rien en faire.