« À 3000 mètres sous l’eau, en horlogerie, il n’y a pas grand monde. À 30'000 mètres au-dessus non plus. Alors nous y allons ».
Frank Huyghe a le sens de la formule. À n’en pas douter, il va lui en falloir quelques-unes pour expliquer comment ce grand spécialiste de la montre de plongée, lui-même ancien plongeur professionnel, a transposé son terrain de jeu subaquatique...en expédition spatiale.

Qui peut le plus...
De prime abord, la transition peut sembler surprenante. A priori, tout oppose les contraintes de la plongée sous-marine, soumise à des pressions extrêmes, à celles qui règnent dans l’espace et son absence totale de pression comme de gravité.
Pourtant, à défaut de continuité logique, il y a une suite technique naturelle. Elle se résume là encore par une formule : qui peut le plus, peut le moins. Traduction horlogère : lorsque l’on est capable d’emporter une montre à plusieurs milliers de mètres sous l’eau (en conditions réelles, et pas en caisson de laboratoire), le milieu spatial ne pose pas véritablement de problème. Les conditions d’évolution y sont plutôt douces, lentes, dénuées de choc. La progression en fusée pour atteindre l’espace peut effectivement générer quelques G positifs, mais ils sont ponctuels, graduels, et bien moins perturbants pour la montre que plusieurs tonnes appliquées en permanence au cadran en environnement sous-marin.

Une histoire d’hommes
Ce qui a conduit Frank Huyghe dans l’espace est, comme souvent avec le fondateur de Ralf Tech, une opportunité. « C’est un projet né il y a un an et demi. Il a commencé début 2023. Un ami des forces spéciales m’a présenté un haut gradé de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Nous avons évoqué l’idée d’une collaboration mais cette arme possède déjà un passif en matière de licences horlogères. C’est alors que l’idée d’une collaboration avec le CNES s’est ouverte. Le projet a été validé en trente secondes. Après plusieurs mois de travail, j’ai fourni deux prototypes, quel le CNES à toutes deux aimées. J’ai alors suggéré de faire l’exercice sur trois montres, en trois ans, avec pour commencer une dotation propre au CNES, et une série pour le grand public limitée à 100 pièces ».

Space Invader
Cette série limitée, c’est la Space Millenium annoncée aujourd’hui. Mais pour une montre lancée en 2024, le concept de « millenium » peut surprendre. En réalité, il s’agit d’un clin d’œil à une pièce sortie il y a tout juste 10 ans, en 2014, la WRX « T » Millenium. Elle avait été créée spécialement pour les nageurs de combat. C’est sur sa base technique que sa variante spatiale a été créée.
Toutefois, entre les deux versions, les modifications ont été nombreuses. La version 2024 est réalisée en titane Grade 1, largement utilisé en aéronautique en raison de sa grande plage d’utilisation. Mais comme le coût d’un lancement spatial est indexé sur la masse qu’il doit emporter vers les étoiles, chaque gramme gagné est précieux. Pour cette raison, Ralf Tech a décidé de creuser intégralement sa boîte, et d’opter pour un cadran composite en nid d’abeilles, lui aussi plus léger. Au final, la Space Millenium a gagné près 50% de masse, passant de 200 grammes à 95 grammes.

Lost in Space
Comme à son habitude, côté mouvement, Ralf Tech a pensé fonctionnel. Les déplacements dans l’espace étant faibles et lents, l’option d’un mouvement à remontage automatique a été écartée : la masse oscillante n’aurait pas assez tourné pour remonter le mouvement. La marque a donc décidé de se reposer sur son mouvement hybride électrique, fabriqué par Ronda, fort d’une réserve de marche d’une douzaine d’années !
La Space Millenium (47,5 mm) est disponible à partir du 18 juin à 4500 euros, dans la quarantaine de points de vente de Ralf Tech. 100 exemplaires seront proposés pour le grand public, nombre d’entre eux étant déjà vendus. Trois bracelets sont fournis d’office et la pièce, même conçue pour l’espace, reste étanche à 1000 mètres. On ne se refait pas...