Ma découverte de la maison joaillière Pirro a été surprenante du début à la fin. Cela a commencé avec le message d’une collègue me demandant de la retrouver dans notre salle de réunion. Ignorant la raison de cette convocation, j’ai attrapé mon bloc-notes et j’ai foncé dans la salle où j’ai trouvé deux femmes élégamment vêtues qui m’attendaient sur le canapé. Après une présentation maladroite (de ma part), j’ai rapidement compris qu’elles représentaient la marque albanaise Pirro et qu’elles venaient d’inscrire leur toute première montre au Grand Prix d’Horlogerie de Genève (GPHG), dans la catégorie Métiers d’art.

Une histoire fascinante
L’histoire de la marque et de son fondateur qu’elles ont raconté ressemblait davantage à une série dramatique de Netflix qu’à une histoire ordinaire d’une nouvelle marque horlogère. Tout a commencé dans les années 1980 avec Pirro Ruco, un étudiant en ingénierie mécanique vivant à Berat en Albanie. Durant l’ère communiste, sa famille est persécutée et il lui est interdit de poursuivre ses études. Loin d’être satisfait de la situation, il décide de trouver un autre moyen d’avancer. Dans sa chambre transformée en atelier, il développe un pantographe capable de reproduire l’effigie du dirigeant sur des pièces de monnaie et des médailles. Il la présente au Président du Présidium de l'Assemblée du Peuple qui non seulement se montre très impressionné par son travail, mais lui accorde le droit de continuer ses études à la Faculté d’Ingénierie Mécanique où il peut développer ses compétences.
Ses études terminées, il met sur pied un laboratoire et continue à fabriquer des pièces et des médailles pour les dirigeants de son pays, ainsi que des bijoux et autres œuvres d’art. Au fil des années, il présente ses créations à Baselworld et il rencontre plusieurs horlogers, dont le travail l’intrigue, qui lui donneront l’envie à créer sa propre montre.

Retour dans la salle de réunion
D’autres collègues avaient rejoint la réunion et nous étions tous suspendus aux lèvres d’Alba Ruco (la fille de Pirro Ruco). Quand elle a nonchalamment demandé si nous aimerions voir la montre, nous avons acquiescé avec enthousiasme, comme de petits enfants à l’heure d’écouter une histoire ! Des gants et un plateau doublé de velours sont sortis comme par magie et la montre est apparue dans toute sa splendeur, sous un « wow » général.
Primordial Passion Unique Piece
Ce qui nous a frappés d’emblée, ce sont les 12 danseurs et danseuses miniatures en or jaune 18 carats, chacun représentant une région différente. Ils se tiennent par la main et dansent ensemble sous un grand dôme de verre saphir, formant une scène si finement décorée que l’on peut voir la broderie sur les robes des femmes. Bien que hautes de seulement 9-10 mm, les figurines ont toutes les caractéristiques d’une véritable sculpture. En arrière-plan, le cadran est constitué d’une micro-mosaïque de pierres en verre de Murano, de huit nuances de rouge et de noir dans 64 tailles différentes, la plus petite ne mesurant que 0,2 mm. Il a fallu découper 25'000 pièces pour obtenir les 1’500 carreaux de mosaïque qui allaient former le cadran. Ainsi, Pirro a réussi à sertir les pierres selon un design et une technique jamais utilisés auparavant, ce qui, en soi, représente une audacieuse nouveauté pour le GPHG 2024.
Le centre du cadran est tout aussi remarquable, puisqu’il accueille quatre musiciens avec leurs instruments albanais assis dans une structure en forme d’aigle, en or noirci.

La connexion Agenhor
Devant une telle montre, nous osions à peine poser des questions sur le mouvement, de peur qu’il ne soit pas à la hauteur de l’artisanat que nous avions sous les yeux. Mais nous n’aurions pas dû nous inquiéter, car Ruco avait choisi de travailler avec les maîtres horlogers d’Agenhor qui ont produit un mouvement exclusif, avec des aiguilles des heures et des minutes en forme de serres d’aigle, rien de moins.
En tant que nouvelle marque horlogère, Pirro est sans aucun doute surprenante à bien des égards. Espérons que la merveilleuse surprise vaudra une nomination du GPHG à cette nouvelle venue qui, à mon humble avis, va attirer l’attention des collectionneurs de montres du monde entier, avec ou sans trophée.
