Comme tout le reste, le luxe fonctionne par cycles. Vous l’avez peut-être observé vous-même. Il y a quelques mois à peine, le « quiet luxury » (luxe discret) était à la mode, un euphémisme pour décrire la frénésie et l’ubiquité d’une tendance qui, ironiquement, tournait autour de la discrétion. Les réseaux sociaux débordaient d’influenceurs accumulant des millions de vues en expliquant à leurs abonnés comment s’habiller selon cette esthétique symboliquement contenue. Maintenant, si l’on en croit les hérauts de la culture populaire (également connus sous le nom de vidéos Tik Tok), le quiet luxury a vécu. À sa place, nous devrions nous attendre à voir son complet opposé : un genre de luxe aussi exubérant que son prédécesseur était sobre. Une sensation de joie prédomine, et pourquoi pas ? Peut-on vraiment qualifier une chose de luxueuse si elle ne vous apporte pas plaisir, libération et un sentiment de satisfaction ?
Il y a une troublante prescience dans les lancements de janvier de Bulgari, qui se distinguent par leur adhésion sans réserve à l’or. Le joaillier et horloger romain n’a jamais été du genre à cacher son goût voluptueux pour la beauté derrière une bande de cachemire beige fade. Chez Bulgari l’audace est honorée, comme l’est une confiance tacite, mais impérieuse. Un design Bulgari ne cherche pas toujours l’attention, mais il ne l’évite jamais. Ses collections historiques sont imprégnées de ce mélange particulier d’épanouissement personnel et de confiance en soi. Un design Bulgari (ou quelqu’un portant du Bulgari) n’est pas audacieux, parce que lorsque l’on dit « audacieux » on veut souvent dire transgressif, et il n’y a rien de transgressif dans une passion pour la couleur et les géométries puissantes. Peut-être n’êtes-vous pas audacieux. Peut-être que ce sont juste les autres qui sont timides.

Le point fort des montres Bulgari qui viennent juste d’être lancées à la LVMH Watch Week est, sans conteste, la Bulgari Bulgari, fièrement resplendissante en or jaune et noir de jais. Cet alliage de couleurs est à la fois intemporel et profondément évocateur des années 1980, ce qui semble paradoxal, mais ne l’est pas en réalité. En fait, il est parfait, car la combinaison représente idéalement le trait essentiel de la Bulgari Bulgari, avec son boîtier rond et ses flancs perpendiculaires ponctués de cornes droites. Cette montre ne craint pas les contradictions et ne voit pas de raison d’adoucir l’extrémité de son cadran noir pour mieux s’adapter à la brillance dorée de l’or jaune poli, ou vice versa. La montre a une personnalité assez marquée pour supporter cette puissante combinaison.
La confiance habite chaque aspect de la nouvelle Bulgari Bulgari en or jaune, qui est animée par le calibre cal. BVL91 qui donne seulement l’heure : pas besoin de complications pour justifier son positionnement dans la haute horlogerie. Les 38 mm de diamètre de son boîtier confèrent une élégance classique à un poignet plus large, tandis que les plus petits poignets tendent à souligner ses lignes et ses proportions architecturales. Assez délicieusement, un modèle similaire noir et or existe avec un boîtier de 26 mm de diamètre, doté d’un mouvement à quartz qui élimine toutes prétentions mécaniques de la montre pour tout miser sur le design iconique.
Une deuxième paire de modèles Bulgari Bulgari de 37 mm/26 mm existe en or rose, avec cadrans blancs, offrant un contraste de couleurs un peu moins saisissant tout en maintenant la même dévotion inébranlable au côté plus chaud du spectre de l’or.
L’Octo Finissimo en or jaune n’était pas conçue pour occuper la zone de confort de quiconque et elle remplit sa mission avec une admirable efficacité. Ses tons solaires lumineux et ses azurs texturés sembleront familiers à tous ceux qui ont séjourné sur les rives de la Méditerranée et l’interaction continuelle de la lumière sur le cadran soleillé ou sur les facettes complexes du boîtier et du bracelet servent d’allusion omniprésente à des activités de sybarite. Vous est-il déjà arrivé de vous installer sous un parasol à la plage, déterminé à terminer votre livre, et que vos yeux soient irrémédiablement détournés de la page par le reflet du soleil sur une mer murmurante ? Attention où vous portez l’Octo Finissimo Yellow Gold Automatic. Elle vous convaincra, en moins de cinq minutes, que vous ne devriez pas passer une seconde de plus de votre vie au bureau. (C’est vrai, soit dit en passant).

Contrepoint évocateur à ce modèle, l’Octo Finissimo Tuscan Copper Automatic suscite un désir différent (mais tout aussi persuasif). Son boîtier et son bracelet en acier entourent le cadran chatoyant en cuivre d’un éclat subtil, comme un ciel d’aurore nacré cède la place à une lueur corail à l’horizon. Sa reproduction de la palette de couleurs de ces premières heures du jour est trompeusement délicate. Selon Fabrizio Buonamassa Stigliani (Directeur général de la production créative de Bulgari), les nuances rougeoyantes du cadran rappellent le style de l’art florentin du 16ème siècle à une époque où le mouvement de la Renaissance subissait une transformation évolutive dans son utilisation de la saturation des couleurs et du symbolisme figuratif.
Un septuor de nouveaux modèles Lucea parachève les derniers lancements de Bulgari à la LVMH Watch Week. Un mélange de montres en acier et en acier et or garnit cette collection, avec une référence particulière bicolore dotée d’une intensité supplémentaire grâce à son cadran en malachite. Au lieu de n’avoir qu’un seul disque de malachite, comme observé sur de précédents cadrans de montres Bulgari, la Lucea ref. 103731 de 33 mm arbore un cadran composé de plusieurs fragments de malachite assemblés par la technique de l’intarsia (similaire à la marqueterie ou à la mosaïque, mais caractérisée par l’utilisation de tesselles irrégulières).
Dans un communiqué officiel à propos de ces lancements, le CEO de Bulgari Jean-Christophe Babin a décrit toute la flotte de nouvelles montres comme une tentative de « donner forme à une émotion » qui, on peut le supposer sans risque, équivaut à un exercice métaphysique complexe avec de profondes connotations conceptuelles. Avec différents alliages d’or, des techniques décoratives, l’introduction d’un nouveau matériau pour le cadran (le cuivre), renforcé par de multiples allusions à l’art et à l’histoire, Bulgari a certainement réussi à modeler notre paysage émotionnel et horloger en ce début 2024.