Que représente pour vous le 25e anniversaire de la J12 ?
Tout d’abord, je réalise que le temps passe vite ! Lorsque j’ai découvert la J12, à la fin de mes études, j’ai ressenti un électrochoc, j’ai pris conscience que l’horlogerie était aussi un territoire infini de création. Et depuis, elle n’a cessé de me fasciner, la J12 reste ma muse. L’emmener sur des territoires inattendus est un exercice qui m’anime toujours autant. Et je suis particulièrement fier que ce projet si cher à mes yeux ait pu prendre vie alors que la J12 célèbre ses 25 ans d’existence.
Comment êtes-vous parvenu à cette combinaison de matières et de couleurs ?
Chanel est une maison pour laquelle les savoir-faire d’exception comptent énormément, au travers de tous ses métiers, et ils ont toujours accompagné la création : joaillerie, mode, parfum et bien sûr horlogerie. Ce véritable amour pour l’excellence artisanale se traduit dans l’horlogerie Chanel par la maîtrise de la céramique, au sein de notre manufacture à la Chaux-de-Fonds. Chanel a élevé la céramique au rang de matière précieuse dès son lancement en 2000, c’est très inspirant. Ces dernières années, je me suis rapproché de la cellule extrêmement spécialisée pour aller plus loin dans la créativité et l’innovation aussi bien esthétique que technique. Or, Gabrielle Chanel a montré, à différentes reprises dans ses créations, que le mariage du bleu et du noir pouvait être très réussi, contrairement à ce que certains prétendaient. J’ai trouvé cette dualité bleu-noir captivante, de même que le jeu entre la céramique matifiée et sourde et la préciosité de l’or noirci saupoudré de saphirs d’une teinte assez particulière. Je n’ai bien sûr pas indiqué une couleur pantone à obtenir, il a fallu d’innombrables essais et près de 5 ans de recherches pour aboutir à l’émotion ultime générée par ce bleu. Après ce long dialogue sur la colométrie, nous avons réalisé des finitions de haute horlogerie très particulières, tels que des anglages polis sur l’habillage mat, sur les maillons latéraux et centraux.

Quelle a été la partie la plus complexe à réaliser ?
L’architecture de la J12 ne change pas. J’ai eu le beau rôle, mon rêve était de pouvoir habiller la J12 de ce bleu, mais obtenir une nouvelle couleur en céramique est extrêmement complexe. Cela m’a rappelé l’émail grand feu : les rapports de couleur sur le papier vous plaisent et sont cohérents, mais une fois que les pigments sortent du four, c’est une autre histoire, il faut recharger avec d’autres pigments pour essayer d’atteindre son but. Ce n’est pas une science exacte et cela demande beaucoup de temps. J’ai été confronté à un phénomène de métamérisme : la perception de la couleur en échantillon différait de celle de la montre finie, en fonction de l’environnement dans lequel elle était portée. Je ne voulais pas qu’elle tire sur le rouge à Dubai ou sur le jaune à Munich, selon quelle femme ou quel homme la porterait. Mon rôle a alors consisté à calibrer cette donnée en emportant la montre dans mes voyages, car il me fallait un bleu élégant et intrigant qui se marie avec tout. J’ai la chance de pouvoir travailler avec des experts au savoir-faire exceptionnel, qui acceptent d’aller toujours plus loin dans les défis.
Dans cette composition tout en cercle, que représente le solitaire au centre du tourbillon volant ?
Le style Chanel s’est de tout temps construit avec une dualité homme-femme, que l’on retrouve en horlogerie à travers le paradoxe de la préciosité féminine du diamant et de la mécanique masculine du tourbillon. Ces deux notions s’attirent et s’opposent, marier les univers de la haute horlogerie et du diamant était cohérent pour Chanel et pour moi. Il était donc indispensable d’intégrer notre Calibre 5 dès le départ de la nouvelle collection J12 BLEU. Le diamant qui sertit la cage du tourbillon requiert une taille spéciale, dont la mise au point a été très longue, mais là-encore, notre savoir-faire joaillier nous a permis d’y parvenir. Au-delà de l’exploit technique, le résultat est graphiquement très réussi, avec ce diamant qui devient le point d’accroche visuel quand vous portez la montre au poignet.

Cette nouvelle couleur de céramique s’appliquera aussi à des modèles plus accessibles ?
Cette année, il ne s’agit que de séries limitées, même pour les versions que nous pouvons considérer comme des modèles « prêt-à-porter ». Sur la déclinaison sertie baguettes, la lunette est couverte de saphirs qu’il a fallu sourcer un à un. Le saphir tire traditionnellement vers le bleu roi, et l’accord avec notre céramique n’aurait pas été optimal : nous voulions des saphirs beaucoup moins chargés en rouge pour obtenir un ensemble parfaitement harmonieux.

Qu’attendez-vous de Watches and Wonders ?
Il s’agit en quelque sorte de mon défilé, un moment vertigineux car toute la collection est réunie pour la première fois en un seul lieu, pour quelques jours. Contrairement à la mode, les temps de développement sont extrêmement longs en horlogerie et haute horlogerie, et cet aboutissement où nos créations « défilent » s’avère déterminant. La J12 BLEU est notre lancement majeur, mais nous avons aussi une collection Capsule transversale très importante. Nous apportons des créations inattendues, dont un modèle en céramique émaillée que les gens vont adorer ou détester. Je suis fier de nos équipes, de leur savoir-faire, de leur énergie et de leur envie de repousser les limites de la création, où le relationnel s’efface devant l’émotion.