Comment la devise Disruptive Legacy s’illustre-t-elle à travers l’Artisanat d’Art ?
J’aime bien faire le distinguo entre le fond et la forme. D’un côté, les métiers d’art existent depuis très longtemps et peuvent être interprétés de façon classique à travers, par exemple, des motifs animaliers, bucoliques, romantiques, comme c’était le cas avant la nouvelle stratégie. De l’autre, ils peuvent s’illustrer de manière plus disruptive avec des couleurs et des thèmes plus modernes, différents.
Tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant a été très bien fait. Et nous avons un grand respect de ces racines-là. J’aime beaucoup les oxymores et je constate que depuis que l’on communique sur l’aspect «Disruptive», cela augmente l’attrait du «Legacy». On s’ouvre à une nouvelle clientèle qui n’a pas forcément envie d’avoir la montre de papa mais qui reste admirative du savoir-faire et des métiers d’art traditionnels.
Donc, sur le fond, nous cherchons à renforcer les métiers d’art que nous maîtrisons depuis très longtemps au sein de la manufacture. Et sur la forme, on se permet de bous- culer et de dynamiser avec des formes ou des matériaux nouveaux pour Jaquet Droz comme le saphir, la céramique et le titane. Et cela, toujours avec des thèmes et des couleurs qui correspondent vrai- ment à nos clients, et à personne d’autre.

En quoi cette démarche est-elle fidèle à l’héritage laissé par Pierre Jaquet-Droz ?
Justement, Pierre Jaquet-Droz fabriquait des pièces sur mesure. Avant 1800, il concevait ce qu’on lui commandait. Que ce soit pour les rois d’Espagne, de France, d’Angleterre ou l’empereur chinois, c’était essentiellement l’ADN de ses clients que l’on retrouvait dans ses montres. Je pense qu’il est vraiment important de conserver et renforcer ces racines mais aussi de les dynamiser.
Je dis très souvent que respecter le maître ne veut pas dire le copier. Où seraient les Arts comme l’architecture, la peinture ou la gastronomie si les élèves avaient toujours fait et refait ce qu’on leur avait enseigné ? À trop reproduire et copier, la créativité se perd, cela revient à mourir doucement.

Comment cela se manifeste-t-il chez Jaquet Droz ?
Je dis souvent que Jaquet Droz est une start-up qui a bientôt 300 ans. Plus nos racines sont solides, plus il est important de montrer de nouveaux chemins. Si je prends l’exemple du paillon, quand je suis arrivé chez Jaquet Droz, cette technique d’émail était réalisée dans le pur respect de la tradition dans ses couleurs ou encore ses thèmes, comme la fleur de lys.
Aujourd’hui, nous nous permettons d’appliquer toutes sortes de couleurs d’émail et nous proposons des têtes de mort en pointillisme. C’est quelque chose d’unique et déjanté. Nos artistes proposent, s’expriment et s’amusent avec les méthodes traditionnelles. Comme le disait Victor Hugo, «l’avenir est une porte, le passé en est la clé ».
On s’ouvre à une nouvelle clientèle qui n’a pas forcément envie d’avoir la montre de papa mais qui reste admirative du savoir-faire et des métiers d’art traditionnels.

Est-ce que tout a déjà été inventé dans le domaine des métiers d’art ?
Certainement pas! Dans notre petite manufacture qui compte une cinquantaine de personnes, nous maîtrisons sept métiers d’art dont certains sont très traditionnels comme le paillon ou l’émail plique-à-jour par exemple. Mais nous avons aussi certaines techniques uniques comme la mosaïque de coquille d’œuf de caille.
C’est une technique qui existe au Vietnam sur des tableaux et nous l’avons miniaturisée. Autre technique qui, à notre connaissance, n’a encore jamais été faite ailleurs : nous émaillons le saphir. Et j’espère bien que nous allons encore réussir à inventer d’autres savoir-faire. Nos artisans ont une moyenne d’âge de 33 ans et c’est fantastique de se dire que toute cette jeunesse bouscule l’héritage.
Ajoutez à cela que chez Jaquet Droz, le client est roi, qu’on aime le recevoir, prendre et perdre du temps avec lui dans un seul objectif : réaliser l’objet unique de ses rêves en maîtrisant les savoirs-faire traditionnels, mais surtout en les réinventant.
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