Vous êtes à la tête de Hublot depuis septembre 2024, quelles ont été vos priorités ?
Hublot est une marque que je suivais et connaissais bien, car elle a toujours été disruptive. En arrivant, j’ai tenu tout d’abord à rencontrer nos clients, nos détaillants, les médias et bien sûr nos collaborateurs dans les filiales, afin d’établir un état des lieux, d’autant plus essentiel que la conjoncture s’est complexifiée depuis l’an passé. C’est d’ailleurs parfois le bon moment pour remettre en question certaines choses.

Qu’en avez-vous retenu ?
Le fondateur de Hublot, M. Carlo Crocco, avait eu une approche très disruptive en étant le premier à mettre du caoutchouc sur une montre de luxe en or, ce qu’a ensuite accentué M. Jean-Claude Biver avec des initiatives en cascades, afin que la marque soit en permanence première, unique et différente. Je pense qu’Hublot est disruptive par essence, mais qu’avec la croissance elle s’est normalisée d’une certaine manière. Par exemple, ses campagnes de pub étaient folles, or elles se sont standardisées ces derniers temps, avec juste une mise en avant du produit. Tout le monde se souvient des hologrammes et des vitrines raptor dans les boutiques, seule Hublot pouvait se le permettre, or elles sont devenues élégantes mais sans surprise. Nous devons donc cultiver cette différence. Je crois que cette dynamique est essentielle à la croissance de la marque et c’est la première décision que j’ai prise.
Comment se profile 2025 ?
Plutôt mieux que 2024. D’abord, j’ai envie d’être optimiste, et il se trouve que la fin 2024 et le début 2025 ont été meilleurs que prévu. Je pars du principe que le contexte va rester compliqué pendant l’année, mais en s’améliorant, et que notre redéploiement va donner à Hublot de l’élan pour réussir l’année malgré la conjoncture, avec un vrai redémarrage en 2026.
Que vous a apporté et appris la LVMH Watch Week ?
Ces rencontres à New York et Paris avec notre écosystème de partenaires m’ont conforté dans l’idée d’échanger sur nos actions et la vision pour la marque, notamment avec les aficionados d’Hublot. Nous allons nous rapprocher de notre communauté Hublotista et de nos détaillants car, dans ce monde compliqué où les ventes horlogères souffrent en général, nous devons renforcer notre capital confiance. La LVMH Watch Week nous permet aussi de prendre la parole dès le début d’année, même si c’est à Watches & Wonders que nous célébrerons les 20 ans de la Big Bang.
Comment allez-vous fêter le 20e anniversaire de la Big Bang ?
Tout d’abord à travers le produit bien sûr : nous avons travaillé sur des pièces commémoratives exceptionnelles, en nous inspirant de ce qui avait fait son succès en 2005, mais aussi des éléments clés de la ligne ces 20 dernières années, pour les fusionner et propulser la Big Bang des prochaines années. Un très beau produit se profile, ainsi que des pièces anniversaire de collection, parfois uniques. Symboliquement, notre stand de Watches & Wonders va secouer, le Big Bang sera bien présent, tout le monde sera surpris et constatera qu’il se passe quelque-chose chez Hublot.
Au-delà de la fusion chère à Hublot, comment insuffler de l’émotion ?
En effet, l’émotion a toujours joué un rôle clé dans la communication d’Hublot, et j’ai 50 dossiers sur la table qui s’y rapportent. Nous avons bien réfléchi aux véhicules d’émotions pour Hublot, ceux qui ont accompagné ses temps forts, et avons défini trois territoires liés à la dimension émotionnelle d’Hublot : la musique (tout le monde se souvient de Depeche Mode), le sport (notre présence aux côtés de Djokovic ou de l’Euro de foot a beaucoup apporté) et l’art. Nous allons même créer une galerie d’art dans la nouvelle aile de notre manufacture qui est actuellement en construction. En parallèle, nous lançons un Hublotista World Tour afin de partager les émotions et expériences sur le terrain.

Le savoir-faire dans les pièces en saphir et céramique est exceptionnel, est-ce un argument de vente ?
Plus que jamais car, de nouveau, cela fait partie de la marque. Hublot a été précurseur dans ce domaine et elle est perçue comme très innovante dans les matériaux, mais on assiste à l’arrivée de nombreuses autres marques sur ce terrain. On associe aussi à Hublot une grande force marketing, mais on la critique parfois sur ses compétences horlogères, ce qui s’avère complètement infondé. Moi qui viens de marques traditionnelles d’horlogerie, je peux le certifier. Nous devons remédier à cette sous-estimation du contenu horloger Hublot, qui n’a rien à envier à certaines grandes manufactures.

Comment se dessine votre stratégie mouvement ?
Nous avons d’ores et déjà décidé de la renforcer de manière très significative, en ne travaillant qu’avec le nec plus ultra des calibres et en communiquant sur un socle horloger très fort. Nos calibres Unico et Meca-10 vont prendre de l’ampleur, également avec la construction du nouveau bâtiment de la manufacture, de même que l’utilisation du calibre El Primero qui équipe déjà certains modèles. Hublot a toujours été transparente sur le fait d’utiliser ce calibre mythique de Zenith, et nous pouvons également être fiers de nos horlogers et des prouesses qu’ils réalisent dans nos ateliers. La force de notre marketing et de notre ADN innovant n’enlève rien à notre savoir-faire horloger, à nous de mieux le mettre en avant.
