Mario Peserico n’est pas que Directeur Général d’Eberhard & Co. Il est aussi CEO d’Eberhard Italie, président du CPHE (Comité permanent de l'horlogerie européenne), président de l’Indicam, l’organisation italienne de lutte contre la contrefaçon, vice-président de la chambre de commerce de Milan, et de la Chambre suisse de commerce en Italie. Il fut aussi président de l’Assorologi, l’association italienne des manufactures horlogères et de ses importateurs. Soit cinq fonctions cumulées qui donnent à l’intéressé l’une des visions les plus pointues du marché horloger, de son bilan 2024 et de ses perspectives 2025. Mario Peserico offre de l’industrie une vue équilibrée, nuancée...et plutôt optimiste.

Des augmentations de prix survenues trop tôt
Pour lui, même si l’année 2024 n’a globalement pas été bonne, cette baisse remonte en réalité à la fin 2023, lorsque l’on a compris que le marché horloger sortait d’une bulle qui ne pouvait que se dégonfler. En d’autres termes, la tendance 2024 n’a fait que confirmer celle déjà engagée fin 2023.
Ses causes leu semblent bien établies: « les hausses de prix pratiquées depuis plus d’un an sont parfois trop importantes et trop fréquentes, avec une progression tarifaire en général deux fois par an. C’est un phénomène que nous avions déjà constaté en 2021 et 2022. Les augmentations sont arrivées trop tôt, et elles ont été trop élevées, alors que l’inflation était déjà là, et le prix de l’énergie, déjà très haut ».
Mario Peserico souligne aussi une croyance trop ferme « dans l’élasticité du marché asiatique. C’était une erreur de penser que l’Asie pouvait acheter n’importe quelle montre, à n’importe quel prix ». Et comme l’Asie était l’un des moteurs de la croissance horlogère mondiale, son ralentissement a entraîné celui du marché.
Flexibilité des marques indépendantes
Pour autant, Mario Peserico ne condamne pas unilatéralement les hausses régulières, « ne serait-ce que pour suivre le prix de l’or. Si le kilo d’or augmente, le prix des boîtes en or doit s’adapter ». Mais le Directeur Général d’Eberhard & Co. souligne aussi que les maisons indépendantes et les grands groupes n’ont pas les mêmes contraintes. « Les groupes côtés doivent préserver leurs marges pour satisfaire leurs actionnaires. Pour une marque indépendante, il y a plus de flexibilité », explique-t-il, non sans penser à Eberhard & Co., 100% familiale. « Pour résumer, soit on augmente les prix, et donc on baisse les quantités, soit l’inverse, mais pas les deux à la fois. Le marché n’est pas élastique à l’infini ».

« L’économie de la contrefaçon a changé »
Reste le problème de la contrefaçon. Intuitivement, il pourrait y avoir une corrélation entre des montres authentiques devenues trop chères, et un marché de la contrefaçon qui augmenterait en conséquence. Mais pour Mario Peserico, il n’y a pas de lien entre les deux : « quand une Rolex, marque la plus contrefaite, passe de 7000 euros à 7500 euros, c’est sans incidence sur celui qui, de toute manière, avait prévu d’acheter une contrefaçon ».
Il est en revanche plus inquiet des nouveaux canaux par lesquelles s’écoulent ces contrefaçons : « l’économie originelle des contrefaçons, ce sont les plates-formes type Alibaba, Amazon, ou eBay. On les combattait plutôt bien. Mais aujourd’hui, les contrefaçons se vendent en grande partie sur les réseaux sociaux. Or ils ne fonctionnent pas de la même manière. Il faut réformer et réinventer nos outils de lutte contre la contrefaçon. Ils ne sont plus adaptés ».
Eberhard & Co. confiant pour 2025
Malgré ces points de vigilance, Mario Peserico reste relativement confiant pour Eberhard & Co. en 2025. « Nous avons perdu quelques points de valeur, mais notre prix d’achat moyen a augmenté de 11 %, ce qui est bon signe pour nous, car nous nous extrayons progressivement du segment le plus concurrentiel, entre 1500 et 3000 euros, pour nous porter peu à peu vers les 2500 à 4000 euros. D’ailleurs, des marchés comme les États-Unis ou le Moyen-Orient reviennent à nous ». Rendez-vous à Genève pour un salon qui, pour Mario Peserico, reste incontournable.