Laurent Ferrier, passions mécaniques

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Laurent Ferrier
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Laurent Ferrier, l’homme, a 63 ans lorsqu’il lance Laurent Ferrier, la marque. Parcours d’un audacieux comme la branche en comporte peu

Combien de marques de haute horlogerie sont encore gérées en direct par ceux qui les ont créées ? Peu, très peu. Michel Parmigiani est toujours au sein de Parmigiani Fleurier, Max Büsser chez MB&F. Roger Dubuis nous a quittés, Robert Greubel prend du recul, Richard Mille a pris sa retraite. Mais de retraite, Laurent Ferrier n’en a cure. Lorsque l’on crée sa marque à l’heure où l’on est censé prendre sa retraite et parcourir les fairways de golf, cela dénote une passion rare d’entreprendre. Ou le besoin de se confronter à un nouveau défi ? 

Probablement un peu des deux. Car Laurent Ferrier est un éternel insatisfait. C’est même ce qui le motive : non pas ce qu’il a fait, mais ce qu’il peut encore faire, en horlogerie comme ailleurs. Car si l’homme est aujourd’hui mondialement réputé pour la qualité de ses garde-temps, il fut – et reste – un passionné d’automobile. Comme nombre d’horlogers, mais pas de la même manière. Là où la plupart des marques sponsorisent et apposent des logos sur des combinaisons, Laurent Ferrier, lui, les enfile, et passe derrière le volant. C’est d’ailleurs sur un prestigieux circuit – celui du Mans – qu’il scelle avec son ami de toujours, François Servanin, la promesse de se lancer un jour sous son propre nom. Une promesse faite en 1979 et honorée tout juste 30 ans plus tard, en 2009. 

Entre-temps, la trajectoire de Laurent Ferrier aura emprunté celle des circuits, entre virages et chicanes. Il concourt sept fois aux mythiques 24 Heures du Mans, mais il est le descendant de trois générations d’horlogers. Son histoire semble toute tracée pour prendre leur suite. C’est sans surprise qu’il sort diplômé, à 22 ans, de l’École d’Horlogerie de Genève. Il rejoint alors Patek Philippe et se charge de l’habillage des garde-temps de la manufacture genevoise. Mais de mécanique, Laurent Ferrier rêve aussi de plus grand, plus bruyant, et plus rapide. La même année de ses 22 ans, en 1968, il se lance dans le commerce de composants automobiles avec, déjà, en arrière-plan, l’idée de courir sur piste. 

L’aventure est belle et dure six ans, car certaines propositions ne se refusent pas : quand Patek Philippe ouvre un département technique, Laurent Ferrier a 28 ans et décide de chausser de nouveau la blouse et la loupe. Les brucelles reprennent le dessus sur le volant. À la fureur automobile des 6-cylindres enragés succèdent le calme olympien et la précision des établis de la manufacture genevoise. Un grand écart que Laurent Ferrier gère avec une rare facilité. À tel point que l’enseigne le propulse rapidement responsable du département création, sur l’emblématique rue du Rhône. Laurent Ferrier y restera 37 ans. 

Il ne quitte la maison qu’à 60 ans. Dès lors, seuls trois ans vont le séparer du lancement de sa propre marque, sous son nom. Son fils, autrefois constructeur chez Roger Dubuis, le rejoint dans l’aventure et participe à la création du premier Tourbillon maison – une genèse unanimement saluée puisque primée au GPHG dès l’année suivante, en 2010. La suite appartient – déjà ! – à l’histoire. Comme le confie le retraité le plus actif de la haute horlogerie : « ma plus belle réalisation, c’est celle que l’on présentera dans deux ans ». Un discours qu’il tient depuis...dix ans. 

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