« L’histoire de Bulgari, c’est la dolce vita », Jean-Christophe Babin, CEO de Bulgari

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Jean-Christophe Babin, CEO Bulgari © Bulgari
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Le CEO de Bulgari Group et fondateur des Geneva Watch Days aborde l’automne avec lucidité et sérénité

Comment ont été perçues les nouveautés Bulgari des Geneva Watch Days ?

D'une manière générale, nous sommes très satisfaits, et en particulier avec notre star, l’Octo Roma Grande Sonnerie Tourbillon qui réinvente les montres à sonnerie. Pour la première fois dans l’histoire de l’horlogerie, ce n’est pas le carillon de Big Ben que l’on entend mais une nouvelle mélodie, entièrement repensée avec une approche conceptuelle en triton. Plutôt que d'être linéaire dans les intervalles entre les notes, cette mélodie crée des asymétries et des dissonances porteuses d'intentions, générant énergie et joie, dans notre pur style italien.

Il s’agit d’une innovation majeure qui rompt avec deux siècles de tradition d’une seule mélodie dans l’univers des montres à sonneries, et pour laquelle notre ambassadeur chef d’orchestre Lorenzo Viotti nous a conseillés. Deux ans de recherche et développement et une refonte complète du mouvement ont été nécessaires : c’est une chose d’avoir des marteaux qui tapent de manière strictement régulière et une autre d’inventer un mécanisme dans lequel ils frappent de manière irrégulière mais logique. Imaginez devoir concevoir, assembler, puis synchroniser 900 composants dans un volume à peine plus important que celui d’un chrono qui en compte le tiers – cette complexité et cette maîtrise dépassent l’entendement. 

Octo Roma Grande Sonnerie © Bulgari
Octo Roma Grande Sonnerie Tourbillon © Bvlgari

Toujours dans l’univers de la musique, notre collection Aluminium s’est enrichie d’une capsule en collaboration avec Fender, pour célébrer les 70 ans de la guitare culte, qui dynamise ce segment. Enfin, en haute joaillerie nous avons fait évoluer notre collection Serpenti avec Pallini, dont la technologie rend le sur-mesure plus ludique et accessible.

Vous avez initié les GWD en 2020 avec 14 marques, les reconnaissez-vous aujourd’hui avec 52 ?

Oui, dans la mesure où aucun des principes fondateurs n’a changé : les GWD restent décentralisés et autogérés, sans structure fixe. Les marques fondatrices travaillent toujours avec la ville, et le principe d’ouverture au public s’est même renforcé. En outre, nous avons ajouté au concept initial des animations culturelles qui dépassent largement le cadre d’un simple salon horloger. Notre concept permet de maintenir des coûts maîtrisés tout en soutenant l’équité sociale, avec 5 catégories tarifaires. Les prix commencent à CHF 10'000.- pour une jeune marque qui bénéficie pourtant de tous les services dont disposent les grandes marques, en payant 9 fois plus, et qui gère son écrin comme elle le souhaite en parallèle. Nous donnons aux horlogers les plus modestes une véritable opportunité de visibilité et d’expression, car nous ne sommes pas limités en espace. Avec la décentralisation, chacun expose où, quand et comme il veut –  difficile de faire mieux ! En contribuant ainsi à l’essor des jeunes pousses, nous rendons service à l’horlogerie car, d’après moi, plus il y a de marques et de créativité, plus il y a de désir de créer et de séduire. C’est comme au GPHG, il y a de la compétition, mais elle est saine. 

Octo Roma Carillon Tourbillon © Bulgari
Octo Roma Carillon Tourbillon © Bvlgari

Qu’a apporté l’étape zurichoise des GWD ?

C’était important car, cette année, de nombreux Zurichois sont venus  à Genève, ce qui n’était pas le cas auparavant. Nous sommes parvenus à sensibiliser les Suisses alémaniques à un secteur qui ne les intéresse pas forcément beaucoup. Pourtant, il s’agit d’une clientèle plus aisée que celle de la Suisse romande. Comme la Suisse reste un marché clé pour l’horlogerie, impliquer la partie dominante du pays, tant sur le plan démographique qu’économique, est une grande réussite. De plus, Zurich est une plateforme internationale. Et nous y retournerons l’an prochain.

La simplicité du concept le rend duplicable, mais avant de l’exporter, il faut procéder progressivement. Cette année, nous sommes également ravis d’avoir accueilli une marque comme Breguet, symbole de l’histoire de l’horlogerie. Il est crucial de cultiver cette diversité pour créer une palette d’exposants très complémentaires, représentatifs de 3 siècles d’horlogerie et pas simplement des 20 dernières années. Nous avons recherché cet équilibre magique, avec des marques institutionnelles, légendaires, et des marques émergentes à différents degrés, pour créer un intérêt auprès du public comme des journalistes.

Bulgari a également séduit les membres de l’Académie du GPHG avec trois nouveautés finalistes, cette reconnaissance reste importante ?

Oui, on ne rattrape pas en dix ans les marques établies depuis plus d’un siècle. Même si Bulgari est connue depuis des décennies, sa notoriété en tant que marque horlogère est beaucoup plus récente. Cette reconnaissance a débuté avec la collection Finissimo il y a quelques années. Aujourd’hui, cela se passe très bien pour nous, mais il ne faut pas se leurrer : nous sommes encore loin de bénéficier de la même légitimité mondiale que Patek Philippe ou Audemars Piguet. Nous devons continuer à innover de manière pertinente autour de nos deux icônes, Serpenti et Finissimo, et creuser le sillon, en y intégrant Octo Roma dont le potentiel reste énorme.

Serpenti Pallini High Jewellery © Bvlgari
Serpenti Pallini High Jewellery © Bvlgari

Quels sont les trois meilleurs atouts de Bulgari en horlogerie pour affronter une conjoncture qui se complique ?

Tout d’abord, Bulgari possède des icônes très fortes, peu nombreuses et relativement jeunes. Être une icône jeune représente déjà un paradoxe, car il faut plutôt des décennies en général. Nous avons réussi à en créer deux en un temps record : Finissimo et Serpenti. Ces collections sont reconnues et inspirantes, mais portées par encore peu de gens, ce qui constitue une première dans l’histoire de l’horlogerie et offre un énorme potentiel. Secundo, notre forte capacité d’innovation ne se limite pas au segment masculin, comme c’est trop souvent le cas dans l’horlogerie, elle se distingue par une véritable obsession du féminin. La montre secrète Serpenti Pallini, dévoilée aux GWD, en est une parfaite illustration. Dans cette gamme de prix, une montre de haute joaillerie doit avoir un mouvement mécanique performant, aussi performant que facile à manipuler et à entretenir. Le calibre Piccolissimo s’extrait très simplement. Avec neuf nouveaux calibres en dix ans, dont deux pour les femmes, Bulgari est l’une des marques les plus innovantes en matière de mouvements horlogers de la dernière décennie. 

Enfin, Bulgari se distingue par une approche commerciale très différente de celle de l’horlogerie suisse traditionnelle, en intégrant beaucoup de convivialité et d’empathie à l’italienne, ce qui attire les clients. Notre histoire incarne la dolce vita, la célébration de la vie, et même avec une prouesse technique comme notre grande sonnerie, les clients adorent.

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