François Moreau, vous créez Reservoir Watch en 2016, en renonçant à l’univers bancaire où vous avez passé 20 ans. De la banque à la montre, il y a pourtant un saut assez grand...
Oui, j’ai beaucoup travaillé dans le système bancaire, avec une longue carrière chez HSBC. J’ai décidé de le quitter, après des expériences notamment très significatives à Hong Kong, Singapour, ou encore au Japon. Et c’est d’ailleurs là, au Japon, que quelque chose s’est déclenché. J’y ai créé une banque depuis zéro, de A à Z. Je me suis rendu compte que j’aimais vraiment créer quelque chose. Mais quoi ?
Lorsque je suis rentré à Paris, la question m’a beaucoup travaillé. Il se trouve que je suis amateur et modeste collectionneur de montres et passionné d’instruments de mesure qu’on trouve dans les cockpits, sur les planches de bord, etc. Un jour, en rentrant chez moi, le trajet en aller-retour du compte-tours de ma voiture m’a fait penser à une aiguille rétrograde. L’idée m’a poursuivi. Je me suis lancé !
L’univers de l’horlogerie et de l’automobile est pourtant très embouteillé.
Oui, mais je me suis en parallèle aperçu qu’il n’existait pas véritablement d’enseigne indépendante, créative, avec un authentique parti pris esthétique et technique, entre 3000 et 5000 €.
Si vous voulez de l’horlogerie totalement disruptive à haute valeur ajoutée mécanique, il y a MB&F, Urwerk, mais à des niveaux de prix stratosphériques. De l’autre côté du spectre, il y de très belles marques, comme SevenFriday, mais la démarche est surtout esthétique, design. Entre les deux, il n’y avait rien. Ou plus exactement, de la place comme pour une marque indépendante, créative, technique, avec une approche très mécanique, et à un prix raisonnable. C’est Reservoir.

Un pressentiment qui s’est confirmé dès les premières années ?
Oui. De l’année suivante, en 2017, nous avons fait BaselWorld. L’accueil des détaillants, de la presse, à été très bon. Notre formule avec minute rétrograde et heure sautante a été bien comprise. Le prix, jugé très attractif.
Mais réussir un lancement, ce n’est pas le plus difficile. Des bonnes idées, tout le monde en a. Créer une marque, ce n’est pas une idée de lancement, c’est un concept, une construction sur le long terme. C’est ce que nous faisons aujourd’hui, en préservant la spécificité de nos jauges et de notre affichage rétrograde dans un univers mécanique, mais en développant d’autres mouvements.
C’est-à-dire ?
Nous avons notre premier calibre historique développé avec Télôs, avec heure sautante, minute rétrograde et réserve de marche. Avec la Sonomaster Chronograph, nous avons à présent un autre mouvement bi-rétrograde, toujours sur base La Joux-Perret. Pour Only Watch, nous avons développé avec Télôs notre propre tourbillon. C’est le troisième mouvement. Enfin, en exclusivité, je peux vous dire que nous travaillons pour l’horizon 2024–2025 à un quatrième mouvement maison avec un affichage de l’heure particulièrement disruptif.
Cette croissance se réalise essentiellement avec des partenaires externes. Avez-vous pour projet d’internaliser certaines opérations ?
Oui. D’ici deux ans, si notre croissance se poursuit nous souhaitons rapatrier l’assemblage en interne, en collaboration avec notre assembleur actuel.

Vous êtes encore absent de deux segments porteurs en horlogerie, la montre féminine et la collaboration. Pourquoi ?
Pour les collaborations, nous y travaillons, parce que celles que nous avons déjà produites se sont bien vendues, qu’il s’agisse d’une licence comme Popeye réalisée avec Label Noir, ou d’un partenariat avec Revolution. Ces deux séries sont intégralement écoulées, et nous avons encore de la demande. Nous allons donc aller au-delà, notamment en poussant nos pions dans l’univers auto, aéro et comics mais également sur des collaborations horlogères, dans les 18 mois à venir.
Concernant une montre Reservoir pour femmes, nous y pensons. Nous avons déjà un diamètre de 39 mm qui peut tout à fait être porté par une clientèle féminine. Toutefois, l’univers natif de la marque est celui de la mécanique, de la jauge, de l’auto, des sous-marins. C’est très masculin ! Et nous ne souhaitons pas produire pour les femmes à ersatz de pièce masculine, simplement avec une lunette sertie, par exemple.
Nous travaillons actuellement avec une taskforce d’influenceuses féminines pour voir si l’on peut explorer ce terrain. Mais nous voulons le faire à notre manière, de façon pertinente à la fois pour la marque et la clientèle.