Rêver grand

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Pirro Ruço © Amaury Thomas / WorldTempus
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Rien ne saurait se mettre en travers des rêves de Pirro Ruço, qui a passé plus de 40 ans à relever des défis

En écoutant le récit de la vie de Pirro Ruço, on ne se tromperait pas en pensant qu’il s’agit du scénario d’un film à succès. Il est né et a grandi à Kucove, en Albanie, et il est entré dans l’âge adulte au moment où le dirigeant staliniste, Enver Hoxha, et le parti travailliste au pouvoir rendaient la vie très difficile à tous ceux qui s’opposaient à sa politique. De nombreuses purges ont vu des « ennemis » exécutés ou condamnés à de lourdes peines de prison. La famille de Pirro Ruço était sur la liste.

« Lorsque j’ai terminé le lycée, je n’ai pas été autorisé à aller à l’université. Le régime voulait nous envoyer dans des camps de travail à la campagne. Ce n’était pas une prison, mais c’était tout comme », raconte Ruço. Heureusement, son père avait de nombreuses compétences intéressantes pour le régime, ce qui leur a permis, à lui et à sa famille, d’échapper aux camps. Mais pour le jeune Pirro, il restait encore de nombreux défis à relever.

Il a commencé à fabriquer des montures de lunettes en métal, en apprenant tout seul les techniques nécessaires. À l’époque, Il n’existait pas de fabricants de ce genre de montures en Albanie et Ruço a rapidement réussi à se créer une niche. « Même les communistes ont fini par adopter mes montures », dit-il en souriant.

Pirro Ruço © Amaury Thomas / WorldTempus
Pirro Ruço © Amaury Thomas / WorldTempus

Après trois ans, la situation politique a commencé à se détendre et il a finalement été autorisé à fréquenter l’université pour étudier l’ingénierie mécanique, mais seulement le soir. On lui a assigné un travail manuel dans une usine mais, dès que le régime s’est à nouveau durci, il a dû travailler en trois-huit. « J’étais jeune, plein de rêves pour l’avenir, je ne pouvais pas accepter cela », dit-il.

Il savait que produire des montures de lunettes ne suffisait pas pour survivre dans cet environnement politique : « J’ai décidé de créer un pin’s à l’effigie du dictateur afin de m’ouvrir une voie d’espoir et de sauver ma famille », raconte-t-il. Il a transformé sa chambre en atelier et il y a installé un pantographe qui lui permettait de créer des pin’s gravés de portraits miniatures, une action qui allait changer le cours de sa vie.

En 1986, le fameux pin’s – à l’effigie du dictateur alors décédé – a été présenté aux membres du parti et aux responsables de la division artistique à Tirana. Ils ont apprécié l’idée et ils ont demandé à Ruço d’en produire davantage pour l’État. Résultat : il est devenu le pin’s officiel du 9ème Congrès et 23'000 exemplaires ont été fabriqués.

Sophie Furley and Pirro Ruço © Amaury Thomas / WorldTempus
Sophie Furley (rédactrice en chef de WorldTempus) interviewe Pirro Ruço © Amaury Thomas / WorldTempus

Au début des années 1990, lorsque le régime est enfin tombé, Ruço a décidé de partir en Grèce, où il a travaillé chez FaCad’oro, l’une des plus grandes entreprises de bijouterie du pays. Ingénieur en mécanique, il s’occupait des outils et des machines. À la mort de son père, il est retourné en Albanie, mais il rêvait toujours de bijouterie, même si le pays était l’un des plus pauvres du monde.

À ce moment-là, la banque allemande d’Albanie proposait des prêts pour soutenir la production locale. Ruço, qui a posé sa candidature, explique : « Ils m’ont dit : « Il n’y a pas de pain et vous sollicitez un emprunt pour créer une entreprise de joaillerie ! » Mais c’était mon année de chance car le président n’avait pas de médaille, alors on m’a accordé un prêt de 300'000 Deutsche Marks. » Avec cet argent, il est allé à Pforzheim, en Allemagne, pour acheter la première ligne de production moderne pour le travail des métaux et il est fier de l’avoir installée à Tirana, en Albanie. En 1994-1995, il a en outre importé la première machine-outil à commande numérique japonaise, ce qui lui a permis de fabriquer des figurines, des médailles, des filigranes, des trophées et des pièces de monnaie, et de lancer une activité fructueuse.

C’est lors d’une visite à Baselworld, en 2014, que son imagination a été stimulée par les horlogers indépendants qui fabriquaient des montres extraordinaires et cela l’a incité à vouloir réaliser sa propre montre. Les cinq dernières années ont été dévolues à la création de sa première pièce, la Primordial Passion, ce qui a représenté une aventure purement artistique.

Primordial Passion © Pirro
Primordial Passion © Pirro / Des photos à plus haute résolution sont disponibles sur le site web de Pirro

La montre est une célébration des incroyables compétences en orfèvrerie que Ruço a acquises au cours de sa carrière et une expression de son amour pour la culture et le patrimoine de son pays. La montre arbore 12 personnages folkloriques albanais, représentant les 12 régions de ce pays des Balkans, qui dansent joyeusement sous un large dôme en verre saphir. Plus de 300 composants constituent les 12 figurines, si complexes qu’il vous faudra sortir une loupe. Cette pièce unique a été réalisée pour le pur plaisir joie de créer une montre esthétiquement très sophistiquée et elle marque les débuts d’une nouvelle marque horlogère qui a de grands rêves pour l’avenir.

Primordial Passion © Pirro
Primordial Passion © Pirro / Des photos à plus haute résolution sont disponibles sur le site web de Pirro.

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